Culture

Le mot « culture » est un terme utilisé dans le domaine des sciences sociales que l'on emploie aussi abondamment dans le langage courant. Son origine, semble-t-il, remonte au vieux français du Moyen Âge. Il signifie alors culte religieux ou encore pratique du culte, cérémonie. Puis, le verbe « culturer » désigne l'action de travailler la terre. C'est au XVIIe siècle qu'apparaissent les expressions « culture du blé » et « culture des légumes ». Par analogie, on en étend le sens pour parler de « culture des lettres » et de « culture des sciences ».

Au XVIIIe siècle, philosophes et historiens allemands empruntent le terme au français, mais le terme de « Kultur » (dans sa graphie germanique) prend chez les Allemands un sens à la fois social et historique. Certains auteurs l'emploient pour désigner le progrès, l'amélioration de l'esprit humain, un degré de perfectionnement de l'humanité.

D'autres lui attribuent le sens de « civilisation », c'est-à-dire de raffinement des moeurs, des coutumes, des connaissances. Chez les auteurs allemands de cette époque et chez certains Français, « culture » et « civilisation » désignent les progrès de la Raison, c'est-à-dire de la science, des connaissances et d'une nouvelle conscience morale enfin libérées des religions et des mythologies.

Toutefois, c'est dans la langue anglaise que « culture » prend le sens moderne qu'on lui connaît aujourd'hui (culture, au sens d'« agriculture » , fait son apparition dans la langue anglaise dès 1420). Ce sont des anthropologues qui, les premiers, utilisent ce terme pour désigner les moeurs, les coutumes et les croyances des peuples « primitifs » qu'ils étudient. Au début du XXe siècle, la culture est devenu un concept clé des SCIENCES SOCIALES. C'est aujourd'hui un terme utilisé dans toutes les sciences sociales et dans toutes les langues.

On doit la première définition de la culture, dans le sens adopté par l'ANTHROPOLOGIE, à l'anthropologue anglais E.B. Tylor (1871). « La culture ou la civilisation, prise dans son sens ethnographique général, écrit-il, est cet ensemble complexe qui comprend connaissances, croyances, arts, lois, morale, coutumes et toutes autres capacités et habitudes que l'homme acquiert comme membre de la société. »

En 1952, dans leur ouvrage Culture: A Critical Review of Concepts and Definitions, A.L. Kroeber et C. Kluckhohn font un inventaire de plus de 160 définitions de la culture utilisées par les spécialistes des sciences humaines (anthropologues, sociologues, psychologues, psychiatres et autres) et les classent par thèmes. En nous inspirant de toutes ces définitions, et de définitions plus récentes, nous pouvons définir la culture comme un ensemble de manières de penser, de sentir et d'agir plus ou moins formalisées qui, une fois apprises, permettent à un groupe de personnes de former une collectivité particulière et distincte.

Culture canadienne

Étant donné la diversité de la société canadienne, il est plus facile de décrire sa culture comme un groupement de cultures interreliées et juxtaposées aux deux groupes culturels dominants.

À cause de son étendue, il n'est pas étonnant que le Canada compte plusieurs sous-cultures régionales (voirRÉGIONALISME). Il n'existe cependant encore aucune étude exhaustive sur l'ensemble de ces sous-cultures. Chacun peut dire que les Canadiens de la côte ouest ont des traits de mentalité qui les distinguent de ceux du centre et de ceux de la côte est. Les Canadiens des Prairies sont distincts de ceux de l'Ontario, tout comme ceux du Québec et de Terre-Neuve.

À l'intérieur de ces sous-cultures, de nouvelles divisions se créent : les Ontariens du Nord de l'Ontario se distinguent de ceux du Sud, et les Québécois de l'Abitibi, de la Beauce, du Lac-Saint-Jean ont des traits différents de ceux de Québec ou de Montréal. En outre, les mentalités ainsi que la manière de penser et d'agir sont différentes d'une ville à l'autre, qu'il s'agisse d'Edmonton ou de Calgary, de Victoria ou de Vancouver, de Montréal ou de Québec.

Toutefois, l'expression « mosaïque canadienne » évoque surtout la multiplicité ethnique et culturelle du pays. On a l'habitude de distinguer quatre grandes familles culturelles constitutives du Canada. Les deux premières sont les cultures des « peuples fondateurs », c'est-à-dire les cultures française et anglo-saxonne (voirETHNIES, RELATIONS ENTRE RACES ET). Cette dernière se subdivise en cultures de peuples différents : ANGLAIS, ÉCOSSAIS, IRLANDAIS, GALLOISLa culture d'origine française est plus homogène. Bien qu'ils soient originaires de diverses provinces françaises, les Canadiens français se sont rapidement fondus, dès le régime français, dans une même culture « canadienne ». Cependant, ceux qui habitent l'Ontario ou le Manitoba sont différents de ceux qui sont concentrés au Québec (voirCANADIENS FRANÇAIS DANS L'OUEST).

À l'exception des peuples autochtones, les groupes culturels qui ne sont ni anglais ni français comprennent tous les autres groupes ethniques immigrés au Canada depuis le début du XIXe siècle. Leur vitalité culturelle s'est accrue au cours des dernières années. Ces groupes culturels viennent d'Europe, du Proche-Orient, d'Asie, d'Amérique centrale, d'Amérique du Sud et d'Afrique.

Les membres de ces communautés adoptent généralement l'anglais comme langue de travail et finalement comme langue maternelle, mais beaucoup parlent encore leur langue nationale d'origine et l'enseignent à leurs enfants (voirLANGUES EN USAGE). Ils sont nombreux à conserver avec vénération les coutumes et traditions de leur pays d'origine. La télévision canadienne et surtout la radio canadienne diffusent des émissions dans de nombreuses langues.

Le quatrième groupe culturel canadien est celui des peuples autochtones. Il se subdivise aussi en plusieurs groupes. À l'arrivée des premiers Européens en Amérique du Nord, au moins six groupes culturels auraient habité le territoire qui est devenu le Canada. Chacun de ces groupes culturels et linguistiques comprenait un certain nombre de tribus.

Jusqu'à un certain point, ces différences existent toujours. Ce qui distingue le plus les Amérindiens entre eux, c'est la mesure dans laquelle ils gardent leur mode de vie ancestral ou s'intègrent aux structures et adoptent la culture de la société industrielle. Ce sont les MÉTIS qui se sont le plus intégrés à la vie urbaine et industrielle, mais ils ont toujours lutté, et continuent à le faire, pour conserver une identité culturelle propre, faire reconnaître leur culture et obtenir des droits politiques (voirAUTOCHTONES ET BLANCS, RELATIONS ENTRE; diverses entrées sous la rubrique AUTOCHTONES).

Conflits culturels

Le Canada a connu de multiples conflits culturels. Au XVIIe siècle, les Français tentent en vain de convertir les autochtones à un mode de vie sédentaire, au christianisme et au français. Après la conquête (1759-1760) de la NOUVELLE-FRANCE par les Britanniques, Anglais et Français s'affrontent sur la scène politique. Pour un grand nombre de colons, de marchands et d'administrateurs britanniques, il semble plus simple d'angliciser les 70 000 colons français et de leur imposer leurs propres institutions politiques, juridiques et religieuses que de vivre en paix avec eux.

Les deux groupes doivent néanmoins apprendre à vivre ensemble. Cependant, leur cohabitation se révélera très vite semée d'embûches. Français et Anglais continuent de lutter pour la reconnaissance du français en dehors du Québec et de l'anglais au Québec (voirRELATIONS FRANCOPHONES-ANGLOPHONES).

Au XXe siècle, et plus particulièrement depuis la Deuxième Guerre mondiale, l'arrivée massive de nouvelles minorités culturelles engendre d'autres problèmes. Les sociologues identifient trois formes que peuvent prendre les relations des Anglais et des Français avec les minorités culturelles : l'assimilation, l'intégration et le compromis (voirMULTICULTURALISME). Au Canada, les peuples autochtones et les Canadiens français (hors Québec) se sont, dans une certaine mesure, assimilés à la culture dominante anglophone.

Quant aux autres communautés culturelles, elles se sont à la fois assimilées et intégrées. Au Québec, on s'attend à ce que les membres de ces communautés choisissent le français comme langue usuelle pour eux-mêmes et pour leurs enfants. En même temps, un bon nombre de communautés luttent pour faire reconnaître la culture de leur pays d'origine comme faisant partie de la mosaïque canadienne.

En fin de compte, la réalité faite à la fois de conflits et de complémentarité conduit chacun des groupes culturels à rechercher sa place dans l'unité canadienne.