La crise d'octobre est provoquée par l'enlèvement, le 5 octobre 1970, de James Cross, délégué commercial britannique à Montréal, par des membres du Front de Libération du Québec (FLQ). La situation dégénère rapidement quand le ministre du Travail et de l'Immigration du Québec, Pierre Laporte, est kidnappé et tué, ce qui constitue le plus grand acte terroriste à être conduit en sol canadien. La crise est critique pour la carrière du premier ministre récemment élu, Robert Bourassa, qui, avec Jean Drapeau, maire de Montréal, sollicite l'aide du gouvernement fédéral, ce qui conduit à la seule invocation de la Loi sur les mesures de guerre en temps de paix de toute l'histoire canadienne.

Origines de la crise

Exaspérés par un taux de chômage croissant et frustrés de leurs aspirations nationalistes, des citoyens s'inspirent de l'exemple de pays coloniaux qui luttent contre l'impérialisme étranger et créent le FLQ en 1963 pour revendiquer la création d'un État québécois indépendant. Le groupe compte utiliser tous les moyens nécessaires, y compris la violence, et commet presque 200 délits, dont des vols et des attentats à la bombe, depuis sa création jusqu'à son démantèlement.

Des membres armés de la cellule Libération du FLQ kidnappent James Cross à son domicile, tandis que des membres de la cellule Chénier kidnappent Pierre Laporte, occupé à jouer avec son neveu devant sa maison ce jour-là. Les demandes des kidnappeurs, communiquées par une série de messages au public, comprennent la libération d'un certain nombre de membres condamnés ou détenus du FLQ, une rançon d'un demi-million de dollars et la diffusion du manifeste du FLQ. Le manifeste, une diatribe contre l'autorité établie, est lu sur les ondes de Radio-Canada. Le 10 octobre, le ministre de la Justice du Québec offre aux kidnappeurs un sauf-conduit vers l'étranger en échange de la libération de leur otage. Le même jour, une seconde cellule du FLQ qui agit indépendamment, la cellule Chénier, kidnappe Pierre Laporte, ministre du Travail et de l'Immigration du Québec.

Invocation de la Loi sur les mesures de guerre

Les enlèvements déclenchent une réaction virulente de la part du gouvernement libéral fédéral de Pierre Elliot Trudeau. Au journaliste de CBC Tim Ralfe, qui veut savoir ce qu'il pense de la présence de soldats armés sur la colline du Parlement, le premier ministre répond que sa priorité est de maintenir l'ordre dans la société, peu importe ce qu'en pensent les cœurs sensibles qui n'aiment pas voir des casques et des armes. Lorsque Tim Ralfe lui demande jusqu'où il irait dans la suspension des libertés civiles pour ce faire, Trudeau prononce son désormais célèbre « just watch me » (en français, « regardez-moi aller »).

Le 15 octobre, le gouvernement du Québec demande formellement l'aide des Forces armées canadiennes pour prêter main-forte à la police locale. Le 16 octobre, le gouvernement fédéral déclare un état d'« insurrection appréhendée » aux termes de la Loi sur les Mesures de Guerre. Avec l'application des règlements d'état d'urgence, le FLQ est frappé d'interdiction, les libertés civiles normales sont suspendues, et des arrestations et détentions sans mise en accusation sont autorisées. Au Québec, plus de 450 citoyens sont détenus. La plupart sont par la suite libérés sans comparutions ni mises en accusation.

Décès de Pierre Laporte

Le 17 octobre, le cadavre de Pierre Laporte est découvert dans le coffre d'une voiture près de l'aéroport de Saint-Hubert. Au début décembre 1970, la cellule qui détient James Cross est découverte par la police et la libération de l'otage est négociée en échange d'un sauf-conduit à destination de Cuba pour les kidnappeurs et des membres de leurs familles. Quatre semaines plus tard, la cellule Chénier est elle aussi dépistée. Ses membres sont arrêtés, puis, lors de leur procès, déclarés coupables d'enlèvement et de meurtre. Paul Rose et Francis Simard reçoivent les plus lourdes sentences : emprisonnement à vie pour le meurtre de Pierre Laporte. En décembre 1970, les règlements en application de la Loi sur les mesures de guerre sont remplacés par des règlements analogues en vertu de la Loi de 1970 concernant l'ordre public (mesures provisoires), qui se prolonge jusqu'au 30 avril 1971.

Mesures de guerre et droits de la personne

La réaction du gouvernement fédéral à l'enlèvement provoque une intense controverse. Selon des sondages d'opinion, la majorité de la population canadienne appuie les mesures prises par le Cabinet. Toutefois, les nationalistes québécois et les défenseurs des libertés civiles à la grandeur du pays condamnent ces mesures comme étant excessives. Les gens qui appuient les mesures font valoir que l'élimination du terrorisme au Québec atteste du succès de l'intervention, mais pourrait être attribuable à la répugnance éprouvée par le public à l'endroit du terrorisme politique et à la croissance soutenue du mouvement séparatiste démocratique dans les années 70, qui aboutit à l'élection, en 1976, d'un gouvernement dirigé par le Parti Québécois.

Commission Keable

Après la crise, le Cabinet fédéral donne des directives ambiguës au Service de sécurité de la GRC, permettant des actions douteuses, comme des fouilles, des vols et de la surveillance électronique, et ce, sans mandat, actions qui seront plus tard qualifiées d'illégales par la Commission d'Enquête sur Certaines Activités de la Gendarmerie Royale du Canada et la Commission d'enquête sur des opérations policières en territoire québécois (commission Keable), au Québec. En 1970, John Turner, ministre fédéral de la Justice, justifie le recours à la Loi sur les mesures de guerre comme moyen de contrer l'érosion de la volonté publique au Québec. Le premier ministre Robert Bourassa avoue lui aussi que l'intervention visait à rallier l'appui du public, plutôt qu'à réprimer une « insurrection appréhendée ».