Confédération des syndicats nationaux

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) a porté le nom de Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) de sa création, en 1921, jusqu'en 1960, moment où elle a abandonné son caractère confessionnel. Les syndicats catholiques sont fondés au début du siècle dans plusieurs diocèses du Québec pour faire échec à l'expansion des syndicats internationaux venant des États-Unis. Le clergé catholique leur reproche de favoriser la lutte de classes et de diffuser des idées socialistes et anticléricales. Les premiers syndicats catholiques accueillent aussi bien des travailleurs francophones qu'anglophones et prêchent la bonne entente entre patrons et ouvriers. Cependant, les travailleurs ne tardent pas à trouver cet objectif passablement utopique, et les syndicats ont du mal à recruter des membres.

Après la Première Guerre mondiale, les syndicats catholiques se réorganisent mettant davantage l'accent sur la défense des intérêts des travailleurs et cherchant à négocier de bonnes conventions collectives. Pour mieux promouvoir leur développement, ils forment une centrale en 1921, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada, qui comptent alors 17 600 membres. Les effectifs déclinent dans les années 20, mais augmentent à partir de 1934, et plus particulièrement immédiatement après la Deuxième Guerre mondiale (62 690 membres en 1946). Outre la construction, les adhérents oeuvrent principalement dans l'industrie du cuir, du textile et du vêtement.

Après la Deuxième Guerre mondiale, la CTCC commence à perdre son caractère confessionnel et un nouveau groupe de dirigeants prend en charge les destinées de la centrale. Ils rejettent les idées corporatistes qu'elle véhicule depuis sa fondation et l'orientent vers un syndicalisme plus militant. Des grèves importantes surviennent pendant les années 50 (GRÈVE DE L'AMIANTE en 1949; Louiseville, 1952; Dupuis, 1952) et la centrale devient un lieu d'opposition au gouvernement DUPLESSIS. En 1960, elle retire l'épithète catholique de son nom et abandonne toute référence à la doctrine sociale de l'Église dans sa déclaration de principes.

Après 1964, la CSN se radicalise avec l'afflux de nouveaux syndiqués provenant notamment des secteurs public et parapublic (voir SYNDICATS DE LA FONCTION PUBLIQUE). Critiquant le système capitaliste à partir de l'idée de luttes de classes, elle fait la promotion d'un socialisme démocratique. Cette radicalisation provoque de la division à l'intérieur de ses rangs. Durant la GRÈVE DU FRONT COMMUN de 1972, plusieurs dirigeants dont trois des cinq membres du comité exécutif de la CSN quittent leur poste pour former la Centrale des syndicats démocratiques. Le schisme entraîne le départ de 30 000 membres, provenant surtout de syndicats du secteur manufacturier (vêtement, textile, chaussure, mines).

Recrutant une bonne proportion de son membership dans la fonction publique provinciale et parmi les employés d'hôpitaux et du secteur de l'éducation, la CSN persuade, en 1972, les syndicats affiliés à la Fédération des travailleurs du Québec et à la Centrale de l'enseignement du Québec de faire front commun dans les négociations de travail avec le gouvernement du Québec (voir CENTRALES SYNDICALES QUÉBÉCOISES). Les fronts communs de 1976 et 1979 permettent d'obtenir des améliorations importantes au chapitre du salaire minimum, de la sécurité d'emploi et des rentes de retraite.

En 1982-1983, le gouvernement met cependant fin à la négociation et impose des décrets qui réduisent les salaires et sabrent dans les conditions de travail. Par la suite, les négociations se déroulent toujours en front commun, mais ces employés voient leur situation s'améliorer à un rythme moins rapide que celle du secteur privé. En 1997, sous le coup d'une réduction salariale de 6 p. 100 de leur rémunération, les syndicats acceptent de puiser dans leur régime de retraite pour favoriser le départ anticipé de 15 000 d'entre eux.

À partir du milieu des années 80, la CSN met de coté sa critique radicale du système capitaliste et commence à promouvoir la concertation avec le patronat pour améliorer la compétitivité des entreprises et réduire le chômage. Avec d'autres intervenants sociaux, elle participe aux deux sommets économiques organisés par le gouvernement du Québec en 1996 pour favoriser le rapprochement avec le patronat et, ultimement, créer de l'emploi. Comme les autres centrales syndicales, elle accepte alors que le gouvernement élimine son déficit dès l'an 2000 tout en exigeant qu'il ne repose pas sur un démantèlement de l'État.

Sur la question nationale, la centrale, depuis ses origines jusqu'aux années 60, propose un nationalisme canadien basé sur l'idée d'égalité des peuples fondateurs du Canada et sur la nécessité pour les travailleurs canadiens de contrôler leur propre mouvement syndical. Elle appuie la volonté autonomiste du gouvernement du Québec dans les années 60 et évolue vers une plus grande réceptivité à l'égard de l'indépendance du Québec pendant la décennie suivante. Au référendum de 1980, elle suggère à ses membres de voter « OUI » et devient encore plus militante pour la cause indépendantiste au référendum de 1995. En 1998, la CSN regroupe 2174 syndicats, répartis en 9 fédérations et 13 conseils centraux, et compte 232 000 adhérents.