Claire Bonenfant, C.Q., libraire, réalisatrice, militante féministe (née le 27 juin 1925 à Saint-Jean, île d’Orléans, Québec; décédée le 29 septembre 1996). Présidente du Conseil du statut de la femme (1978-1984), Claire Bonenfant a réussi, par son dynamisme, à élargir les fronts d’action de cet organisme de consultation gouvernemental voué à la défense des droits et des intérêts des Québécoises.

Formation et début de carrière

Claire Bonenfant est la fille du médecin Alphonse Bonenfant et de Georgia Pouliot. Son frère aîné est le journaliste Jean-Charles Bonenfant (1912-1977) qui a œuvré comme secrétaire du premier ministre Maurice Duplessis de 1937 à 1939, puis à la Bibliothèque de l’Assemblée législative du Québec (aujourd’hui l’Assemblée nationale) dont il fut le directeur de 1952 à 1969.

Marchant dans les pas de celui-ci, Claire Bonenfant entreprend des études en technique de librairie et travaille dans ce domaine de 1965 à 1978. En parallèle, elle milite au sein de la Fédération des Femmes du Québec (FFQ) et du mouvement indépendantiste. Son mari, Guy Pouliot est président du Ralliement pour l’indépendance nationale (RIN) de 1962 à 1964. Elle est parmi les personnes injustement arrêtées lors de la Crise d’octobre de 1970.

Présidence du Conseil du statut de la femme

De 1978 à 1984, C. Bonenfant est présidente du Conseil du statut de la femme (CSF) et contribue à la mise en œuvre aux côtés de la ministre Lise Payette de la première politique du gouvernement du Québec sur la condition féminine. Celle-ci est d’ailleurs adoptée à la suite des recommandations formulées par le CSF dans le document Pour les Québécoises : égalité et indépendance déposé à la fin de la présidence de Laurette Champigny-Robillard (1973-1978).

Sous sa direction, le Conseil réalise une grande quantité de projets : publications de nombreuses études sur la situation des femmes dont la série Chiffres en mains, dressant un portrait socio-économique des femmes au Québec; création de La Gazette des femmes en 1979, qui plus qu’un magazine, se révèle un véritable outil d’information pour les femmes et les féministes elles-mêmes. Au cours de son mandat, C. Bonenfant dote le CSF d’un bureau dans chacune des régions du Québec, permettant de faire valoir la réalité féminine spécifique aux régions et suscitant ainsi un dynamisme national sans précédent.

En 1980, à son initiative, le CSF entreprend une vaste campagne afin de dénoncer les messages publicitaires sexistes et crée les prix Déméritas et Éméritas décernés d’une part, aux annonceurs dont le message est jugé sexiste et d’autre part, à ceux qui contribuent à briser les stéréotypes sexuels. Dans les années suivantes, le CSF travaille en collaboration avec des acteurs du monde de la publicité, le Conseil des normes de la publicité et la Confédération générale de la publicité. Dans le même ordre d’idée, le CSF développe en 1983, le programme Pareille, pas pareils dont l’objectif est l’éducation égalitaire des filles et des garçons.

L’autonomie économique des femmes est une question à laquelle C. Bonenfant consacre une grande part de son mandat. En octobre 1983, plus de 1 000 femmes assistent au premier forum sur l’économie et les femmes (Les femmes : une force économique insoupçonnée), un événement sans précédent au Canada. C’est également sous sa présidence que le CSF exprime pour la première fois son point de vue en commission parlementaire lors de l’étude du projet de loi 89, soit la Loi instituant un nouveau Code civil et portant réforme du droit de la famille.

Pendant les cinq années de sa présidence, C. Bonenfant a travaillé à intensifier les liens entre le CSF et les groupes de femmes partout au Québec. Estimée dans le mouvement féministe, elle est invitée à prononcer de nombreuses conférences sur la condition féminine et est aussi vice-présidente de la Fédération des femmes du Québec, au début des années 1990.

Engagement culturel

C. Bonenfant a également consacré une partie de sa carrière au domaine des arts. D’abord, libraire, elle passe ensuite au métier de réalisatrice avec le documentaire, De femme en fille (1976). De 1984 à 1987, elle est commissaire à la Régie du cinéma du Québec; de 1989 à sa mort en 1996, elle préside le Salon du livre de Québec. Tout au long de sa carrière, elle signe de nombreux articles dans divers journaux et revues. Elle est notamment l’auteure d’un chapitre sur le mouvement des femmes dans un ouvrage consacré à la Révolution tranquille.

Héritage

En 1997, l’Université Laval a donné son nom à la Chaire d’études sur la condition des femmes (devenue en 2009 la Chaire Claire-Bonenfant ‒ Femmes, Savoirs et Sociétés), dont elle a été la titulaire intérimaire en 1993 (voir Études des femmes). De 1997 à 2005, le prix Claire-Bonenfant, décerné par le gouvernement du Québec, rendait hommage à une personne ou un groupe s’étant distingué dans la promotion des valeurs démocratiques. Une rue de la ville de Québec porte également son nom.

Le fonds Claire Bonenfant est conservé au Centre d’archives de Québec de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Prix et récompenses

Chevalier de l’Ordre national du Québec (1991)

Prix du Gouverneur général du Canada en commémoration de l’Affaire « personne » (1993)

Voir aussi Mouvement des femmes.