Enfance et famille

Christy Clark, née et élevée à Burnaby, en Colombie-Britannique, est la fille de Mavis, une thérapeute, et Jim, un enseignant du secondaire. Elle est issue d’une famille modeste de la classe moyenne qui prône des valeurs anglicanes. Ses parents préconisent un conservatisme fiscal, celui-là même qui devient plus tard la marque de ses politiques gouvernementales.

Christy Clark tient son amour de la politique de son père, Jim, qui s’incline trois fois aux élections provinciales (sous la bannière libérale de la Colombie-Britannique à une époque où le parti n’est pas un joueur important en politique) et qui fait participer sa fille dans ses campagnes électorales. Ainsi, elle développe l’art du débat – une autre caractéristique de son succès en politique.

« J’étais bébé sur les genoux de mon père quand [il] s’est présenté pour la première fois. C’est grâce à lui si je suis en politique. Il m’a beaucoup inspirée, » dit-elle. « Ses ambitions politiques n’y étaient pour rien. Mon père était enseignant et croyait au débat et à la discussion. Autour de la table, nous avions des opinions très différentes et il m’encourageait à défendre les miennes. »

Selon Christy Clark, c’est sa longue carrière d’enseignant et la stabilité professionnelle dont il jouissait qui ont permis à son père de survivre à la dépression et à l’alcoolisme. C’est pourquoi la politicienne juge que la création d’emploi est un des principaux objectifs d’un gouvernement.

En 1978, à l’âge de 13 ans, Christy Clark est en route pour son travail de plongeuse dans un restaurant de Burnaby quand un inconnu la traîne de force dans des buissons. Elle réussit à s’échapper des griffes de son agresseur. Elle ne parle de l’attaque que 37 ans plus tard dans une lettre d’opinion publiée dans le quotidien The Vancouver Sun en 2016. En rendant public son témoignage, la première ministre souhaite encourager d’autres femmes à parler de violence sexuelle.

« Je ne prends pas la parole pour attirer de la sympathie; je n’en ai pas besoin », écrit-elle. « J’ose parler, car à titre de première ministre de la Colombie-Britannique et première femme élue à ce poste dans la province, je suis privilégiée d’avoir une plateforme publique. Je veux que toutes les femmes qui n’ont jamais osé dénoncer la violence sexuelle qu’elles ont subie sachent qu’elles ne sont pas seules. »

Formation

Christy Clark obtient son diplôme d’études secondaires de la Burnaby South Secondary School et fréquente l’Université Simon Fraser, ainsi que l’Université d’Édimbourg, en Écosse, et l’Université Paris-Sorbonne, en France, sans toutefois décrocher un diplôme de ces deux institutions.

Elle s’implique dans la vie politique étudiante à l’Université Simon Fraser, notamment à titre de présidente du club des jeunes libéraux du campus. En 1989, elle est élue présidente de la société étudiante Simon Fraser, mais est bientôt disqualifiée pour avoir enfreint un règlement de campagne.

Christy Clark agit à titre d’attachée politique pour l’opposition libérale au parlement provincial à Victoria et également au fédéral avec le Parti libéral.

Elle rencontre son futur mari, Mark Marissen, à l’Université Simon Fraser. À l’époque, il est un jeune leader pour le candidat à la chefferie du Parti libéral fédéral, Jean Chrétien. Mark Marissen et Christy Clark travaillent ensemble pour les libéraux fédéraux à Ottawa. Ils se marient en 1996. Leur fils naît en 2001. Le couple se sépare en 2009 et divorce plus tard, mais Mark Marissen demeure un farouche défenseur de son ex-femme durant toute sa carrière politique.

Premières années dans la politique provinciale

Christy Clark est d’abord élue au provincial en 1996 sous la bannière libérale dans la circonscription Port Moody-Burnaby Mountain et se forge rapidement une féroce réputation à titre de porte-parole de l’opposition.

En 2001, quand les libéraux prennent le pouvoir avec Gordon Campbell comme premier ministre, Christy Clark est nommée ministre de l’Éducation et vice-première ministre.

En 2002, elle se voit confier l’arbitrage de la décision de la province de priver les enseignants de leur droit à la négociation collective quant à la taille et à la composition des classes (décision éventuellement renversée par la Cour suprême du Canada en 2016 alors que Christy Clark est première ministre).

À la même époque, Christy Clark est la première politicienne en Colombie-Britannique à avoir un bébé alors qu’elle est membre du Cabinet. Elle emmène son fils, Hamish, au Parlement et l’allaite parfois entre deux réunions du Cabinet.

En 2004, Gordon Campbell nomme Christy Clark ministre du Développement de l’enfance et de la famille, un poste difficile qui semble mettre en veilleuse ses ambitions politiques. En 2005, elle quitte la politique afin de consacrer plus de temps à Hamish. Elle se présente à la mairie de Vancouver sous la bannière du parti municipal de centre-droite, la Non-Partisan Association, mais s’incline.

En 2007, elle anime son émission de radio, le Christy Clark Show, à Vancouver, sur les ondes de CKNW. Elle excelle à titre d’animatrice, mettant à profit ses aptitudes de communicatrice et de critique. Ses années à la radio constituent une importante période qui lui permettent de peaufiner sa voix publique, qu’elle utilisera à titre de première ministre.

Première ministre : premier mandat

En 2010, Christy Clark se présente à la direction du Parti libéral de la Colombie-Britannique. Le premier ministre Gordon Campbell se retire dans la foulée de la présentation ratée de la taxe de vente harmonisée (TVH). Christy Clark se présente comme quelqu’un à l’extérieur de l’arène politique. Elle bat trois ministres du Cabinet en promettant de renouveler le parti, calmant ainsi la grogne publique envers la TVH. Elle gagne le vote le 26 février 2011 et, à titre de chef du parti au pouvoir, devient la 35e première ministre de la Colombie-Britannique. Elle remporte plus tard la circonscription de Vancouver-Point-Grey lors d’une élection partielle.

Au départ, tout n’est pas simple. Christy Clark hérite d’un caucus libéral divisé qui ne compte qu’un seul député provincial l’ayant appuyée dans la course à la chefferie. « C’est la chose la plus difficile que j’ai eu à faire : faire ce travail formidable et affronter des gens – près de la moitié à l’époque – qui étaient ouvertement hostiles à mon endroit », a-t-elle dit.

Les élections de 2013 s’annoncent difficiles. Toutefois, le slogan de Christy Clark pour une « Colombie-Britannique libre de dettes » et la promesse d’une importante manne financière provenant d’une nouvelle industrie de gaz naturel liquéfié (GNL) attirent l’attention de la population. L’offre des libéraux contraste avec la campagne prudente et modeste du Nouveau Parti démocratique (NPD). Bien qu’on prédise une victoire du NPD le 14 mai, les libéraux de Christy Clark étonnent les analystes non seulement en gagnant, mais en bonifiant leur majorité.

Christy Clark perd sa circonscription de Vancouver, mais gagne un nouveau siège dans Kelowna Ouest lors d’une élection partielle. Entre-temps, sa promesse d’une industrie de GNL peine à se concrétiser.

Première ministre : second mandat

La perspective globale de Christy Clark à titre de première ministre en demeure une de conservatisme fiscal, avec un contrôle serré des dépenses contrebalancé par de modestes crédits d’impôt, lorsqu’abordables. Elle fait la promesse d’un gouvernement réduit, ainsi que d’une diminution de la charge administrative et de la réglementation pour favoriser la croissance économique du secteur privé.

Ses politiques sociales lui valent des critiques. Christy Clark maintient un gel de dix ans sur les prestations de bien-être social et tarde à augmenter le financement pour la protection des enfants et des personnes invalides, et pour divers programmes sociaux. Elle se perçoit comme une version moderne de W.A.C. Bennett, le légendaire premier ministre créditiste qui a gouverné la Colombie-Britannique de 1952 à 1972 avec des projets ambitieux comme la construction d’une autoroute qui a permis l’ouverture de la province et d’un barrage hydroélectrique qui l’a alimentée en énergie pendant des décennies. Tous deux affichent toujours un sourire et savent d’instinct discerner l’humeur de l’électorat.

Dans le même ordre d’idée, Christy Clark souhaite concrétiser le projet depuis longtemps retardé de construire le barrage Site C évalué à 9 milliards de dollars, au sud-est de Fort St John. Des propriétaires terriens et des Autochtones de la région s’y opposent, mais elle insiste sur le fait que le projet est nécessaire pour combler les futurs besoins énergétiques de la province.

À titre de première ministre, Christy Clark accumule les scandales, comme une collecte de fonds privée pour elle et ses ministres, et un supplément de 50 000 $ sur son salaire du Parti libéral qu’elle s’est vue obligée d’annuler.

Défaite

Lors des élections provinciales du 9 mai 2017, les libéraux de Christy Clark ne manquent pas de fonds et ont une équipe de campagne électorale des plus organisée. Mais le public est moins impressionné. Le soir du scrutin, Christy Clark devient la première femme réélue au poste de première ministre dans toute l’histoire canadienne. Cependant, son parti perd du terrain et termine à un siège de former un gouvernement majoritaire.

Avec 43 sièges sur 87, Christy Clark voit ses adversaires (le NPD avec 41 sièges et le Parti vert avec 3 sièges) conspirer pour orchestrer sa défaite. Le 29 juin 2017, avec leurs 44 sièges combinés, les partis de l’opposition rejettent le gouvernement libéral après un vote sur une motion de confiance.

Christy Clark refuse de demander à la lieutenante-gouverneure, Judith Guichon, de déclencher de nouvelles élections, car le public n’en veut pas. Plus tard, la première ministre avoue avoir demandé à la lieutenante-gouverneure, lors de leur rencontre après la débâcle des libéraux, de dissoudre l’Assemblée législative et de renvoyer les électeurs aux urnes : Judith Guichon refuse et demande au chef du NPD, John Horgan, de former un gouvernement.

Il faut remonter à 1883 pour voir un gouvernement de la Colombie-Britannique être rejeté après un vote sur une motion de confiance et remplacé par un parti de l’opposition de l’Assemblée législative plutôt que par des élections. Christy Clark affirme d’abord vouloir continuer de servir à titre de députée de Kelowna Ouest et de chef libéral dans l’opposition. Le 4 août 2017, elle démissionne des deux postes.