Chômage

Les chômeurs sont les personnes qui veulent et peuvent travailler, mais qui se retrouvent sans travail à un moment donné. On pourrait aussi dire qu'il s'agit de personnes sans emploi, disponibles à l'emploi et en quête d'un emploi, ou de personnes qui attendent de reprendre leur emploi ou d'en commencer un nouveau sous peu. Pour ses besoins, Statistique Canada définit le chômeur de façon précise. Elle entend par chômeur toute personne qui n'est pas sur le MARCHÉ DU TRAVAIL durant la semaine de référence de l'enquête (mais qui a pu faire des travaux ménagers ou autres), qui est disponible pour le travail et qui a activement cherché un emploi durant les 4 dernières semaines, qui a fait l'objet d'une mise à pied temporaire de 26 semaines ou moins et qui devrait être rappelée par son employeur ou qui attendait de commencer un nouvel emploi dans les 4 prochaines semaines.

Il importe donc de faire la distinction entre les chômeurs, le très grand nombre de personnes occupées soit à leur compte, soit pour celui d'un employeur et celles qui, contrairement aux personnes occupées et aux chômeurs, ne font pas partie de la population active. Les personnes occupées tiennent un emploi, bien que certaines puissent en être temporairement absentes à cause, entre autres, de la maladie, d'une grève ou du mauvais temps. Celles qui ne font pas partie de la population active, comme les maîtresses de maison, les étudiants ou les personnes à la retraite, ne veulent pas ou ne peuvent pas participer au marché du travail.

Mesure

Les statistiques officielles du Canada sur le chômage et les autres catégories susmentionnées proviennent de l'Enquête sur la population active, menée mensuellement par Statistique Canada auprès d'un échantillon représentatif de 56 000 ménages dans les 10 provinces (excluant les territoires, les réserves indiennes, les forces armées et les pensionnats d'institutions).

Certains résultats agrégatifs découlant de ce sondage sont présentés dans le tableau annexe. Celui-ci montre que, en moyenne, le chômage augmente depuis le milieu des années 60, tant en chiffres absolus qu'en pourcentage de la population active (taux de chômage). Depuis 1975, le taux de chômage n'a jamais descendu sous les 7 p. 100, bien qu'au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale il se situait constamment sous cette barre. En effet, des taux annuels variant entre 3 et 5 p. 100 sont fréquents avant 1958 ainsi que de 1964 à 1969. De 1958 à 1963 et au début des années 70, des taux de 5 à 7 p. 100 prévalent.

Pour la majeure partie de la période suivant 1975, l'emploi affiche aussi une certaine croissance, mais la population active croît encore plus rapidement, entraînant une hausse du nombre et de la proportion des chômeurs. En août 1981, l'emploi fléchit, tout comme l'activité de la main-d'oeuvre et la proportion de la population d'âge actif (soit les personnes âgées de 15 ans ou plus) qui a un emploi. Le taux de chômage augmente de façon constante durant toute cette période pour atteindre, après désaisonnalisation, 12,9 p. 100 en décembre 1982 (voir ci-dessous). Il s'agirait du taux de chômage le plus élevé depuis les années 30. Beaucoup d'autres pays connaissent une tendance semblable. Au Canada, le taux de chômage tombe à 11,1 p. 100 en décembre 1983, à 10,8 p. 100 en décembre 1984, à 9,3 p. 100 en décembre 1986 et à 7,9 p. 100 en décembre 1987 (soit 8,1 p. 100 après désaisonnalisation).

Composition

Les moyennes annuelles susmentionnées touchant l'ensemble de la population active camouflent de grandes variations selon les années entre les régions et entre différents groupes. Il est normal qu'une certaine variation annuelle ou saisonnalité existe en raison de l'entrée périodique de membres de certains groupes au sein de la population active, comme les étudiants durant les vacances, et de la structure saisonnière évidente de certaines branches d'activité, comme l'agriculture, la foresterie, la pêche, la construction et le tourisme. Combinés, ces facteurs entraînent des fluctuations saisonnières régulières des niveaux d'emploi et de chômage. Pour l'ensemble du Canada, le chômage se situe habituellement au taux annuel moyen en mai, puis diminue graduellement de près de 10 p. 100 en octobre pour ensuite augmenter d'environ 30 p. 100 en mars. Les tendances saisonnières diffèrent largement entre certaines régions et certains groupes. Les nombres et les taux sont souvent désaisonnalisés pour éliminer ces fluctuations normales et brosser un tableau exact d'autres changements survenant d'un mois à l'autre.

Les régions et les groupes démographiques (âge-sexe) se distinguent aussi par leur niveau typique (taux) de chômage. Traditionnellement, le Québec et les provinces atlantiques accusent des taux supérieurs à ceux de l'Ontario et des Prairies. Cependant, depuis la récession de 1981-1982, bien que cette tendance générale se maintienne, il existe des différences sensibles entre les provinces en ce qui concerne la reprise. De façon générale, les taux de chômage chutent considérablement en Ontario, au Québec et au Manitoba et bougent peu dans le reste du pays. Les femmes de plus de 25 ans connaissent aussi un taux de chômage plus élevé que celui des hommes du même groupe d'âge. Quant au taux de chômage élevé chez les jeunes, il ne date pas d'hier.

Les écarts absolus, mais probablement pas les différences en pourcentage, se sont accrus dernièrement. Le taux de chômage chez les femmes était vraisemblablement inférieur à celui des hommes dans les années 50 et 60, mais il s'amplifie dans les années 70, tandis qu'augmente graduellement le nombre de femmes se joignant à la population active. (Il est difficile de faire une comparaison précise des données détaillées avant et après 1975, à cause de révisions appréciables de la méthodologie de l'enquête et des définitions connexes.) La hausse du taux de chômage global enregistrée dans les années 70 pourrait être attribuable, en partie, à la croissance soutenue du nombre de jeunes et de femmes se joignant à la population active.

Il existe des différences semblables en matière de chômage entre les groupes selon, entre autres, la profession, la branche d'activité, l'état civil et familial ou la scolarité. De plus, il est possible de diviser encore ces catégories (ainsi que les groupements d'âge et les régions géographiques) et d'en combiner deux ou plus en diverses catégories mixtes.

Certaines de ces données sont publiées régulièrement. On peut aussi classer les chômeurs par durée de chômage jusqu'à la semaine du sondage, selon la raison de leur perte d'emploi, leur recherche d'un emploi, le type de travail recherché et le genre d'activité précédant immédiatement leur recherche d'un emploi. Si la durée moyenne de chômage est brève, les chômeurs de longue durée, relativement peu nombreux, comptent pour une part substantielle et probablement croissante du chômage.

Causes du chômage

Même si, dans certains cas, le chômage est évidemment attribuable à une foule de causes, il est possible de raffiner la classification de l'ensemble du phénomène selon la cause et le remède possible. La hausse générale du chômage en 1981-1982 et au cours de périodes antérieures similaires est un exemple du chômage cyclique résultant du fléchissement général de la production et de l'activité économique. On peut y remédier en prenant des mesures visant à stimuler l'ÉCONOMIE et, par conséquent, en accroître la performance. Par contre, de telles politiques sont inévitablement influencées par d'autres circonstances concomitantes (voir POLITIQUE BUDGÉTAIRE; POLITIQUE MONÉTAIRE). Ainsi, au Canada et ailleurs, le fait que les autorités compétentes s'inquiètent de l'INFLATION explique presque assurément leur hésitation à avoir recours à des politiques semblables pour mettre fin à la récession de 1981-1982. Il est vrai aussi, cependant, que les économistes ont perdu leur optimisme quant à la facilité avec laquelle il est possible de stimuler l'économie et au prix à payer relativement à d'autres objectifs.

Le chômage saisonnier, évoqué précédemment, est l'une des composantes du chômage frictionnel, imputable au fonctionnement normal de l'économie. D'autres éléments sont tributaires du besoin des travailleurs de chercher parfois un meilleur emploi même quand les débouchés sont nombreux. Par conséquent, même si l'économie fonctionne à plein rendement, il y a toujours un niveau positif de chômage frictionnel malgré l'existence de postes vacants. Il en sera ainsi tant que, entre autres, la composition de l'activité économique fluctuera, que des entreprises seront lancées ou fermeront leurs portes et que des gens changeront d'emplois, se joindront à la population active, la quitteront ou déménageront. Les chômeurs ne forment pas un ensemble constant d'individus, mais plutôt un groupe en changement perpétuel, dont beaucoup ne sont sans emploi que brièvement.

Il semblerait que le niveau « normal » ou moyen de chômage frictionnel ait augmenté dans les années 60 et 70, non seulement en raison des changements démographiques déjà mentionnés et dont il est question ci-dessous, mais aussi en raison des changements en matière de législation sociale et, vraisemblablement, d'autres facteurs. Par exemple, un certain nombre d'analystes avancent que les hausses importantes des prestations d'ASSURANCE-CHÔMAGE effectuées en 1971 auraient suscité une augmentation du chômage en rendant l'inactivité et la recherche d'un emploi moins coûteuses, ce qui aurait encouragé les chômeurs à prolonger leur recherche d'emploi de manière moins intense, et les travailleurs à accepter facilement de changer d'emploi ou de prendre du travail saisonnier ou irrégulier. Aujourd'hui, ces tendances peuvent s'être inversées en raison des modifications apportées récemment au régime.

Certains font aussi remarquer que la hausse du salaire minimum réduit les chances des travailleurs relativement non qualifiés et non productifs de se trouver du travail et de la formation en cours d'emploi. Ce facteur rend les choses particulièrement ardues pour les débutants, surtout les jeunes. De toute façon, ceux-ci éprouvent de la difficulté à trouver de l'emploi, étant donné qu'un nombre exceptionnellement élevé d'entre eux (résultat d'une explosion démographique) ont cessé leurs études pour se joindre à la main-d'oeuvre dans les années 60 et au début des années 70, exerçant ainsi une certaine pression sur la capacité de l'économie d'accueillir des travailleurs nouveaux et sans expérience. Leur taux de chômage est toujours plus élevé que la moyenne (il n'est donc pas surprenant de constater que les premières recherches d'emploi nécessitent beaucoup d'efforts), mais il connaît une hausse relativement sensible durant cette période. Depuis, l'entrée de nouveaux travailleurs diminue.

Certains observateurs, dont Martin Feldstein, attribuent cette situation à la combinaison de deux facteurs : la plupart des systèmes scolaires nord-américains préparent mal les jeunes au monde du travail, et la formation en cours d'emploi se fait rare, en partie à cause du salaire minimum élevé. Par conséquent, la majorité des emplois qui s'offrent aux jeunes sans formation particulière sont monotones et sans avenir, ce qui donne lieu à l'instabilité d'emploi et au chômage fréquent.

Divers moyens pourraient contribuer à réduire le chômage frictionnel, dont la prestation de services de renseignements sur le marché du travail et de services d'emploi, ce qui faciliterait la transition de l'école au marché du travail, par exemple en subventionnant la formation en cours d'emploi, la révision des politiques sociales et de l'éducation et l'élimination des obstacles à l'entrée dans certaines professions.

Le dernier type de chômage est le chômage structurel. Vraisemblablement de longue durée, il est tributaire de la structure même de l'économie. Il est le fruit d'un écart entre l'offre et la demande en ce qui à trait aux compétences, aux endroits et aux autres caractéristiques de l'emploi. Le chômage structurel est aussi attribuable aux changements technologiques, aux changements de la demande de produits ou au déclin d'une industrie régionale, comme celle du textile dans les CANTONS DE L'EST, au Québec, ou celle du pétrole dans l'Ouest, au milieu des années 80. On peut en venir à bout au moyen, entre autres, de la formation ou du recyclage professionnel, de l'attribution de subventions de mobilité aux travailleurs et aux industries, de la création d'emplois dans le secteur public ou d'emplois subventionnés.

Tout en réduisant le chômage, il est possible d'en alléger le fardeau grâce à l'assurance, à l'aide sociale, à d'autres types de paiements de transfert ou à des programmes de travail partagé. Certains avancent que, comme le chômage est principalement frictionnel, sauf en temps de récession, et que le chômage prolongé ou répétitif est surtout le propre du second titulaire de revenus de la famille, ce fardeau ne devrait pas être énorme de toute façon. Cependant, il s'agit là d'une interprétation contestée.