Chiriaeff, Ludmilla

Ludmilla Chiriaeff (née Otzup), danseuse, chorégraphe, professeure et directrice (Riga, Lettonie, 10 janv. 1924 -- Montréal, 22 sept. 1996). Considérée par le grand public comme la marraine du BALLET au Québec, Chiriaeff exerce en tant que directrice et éducatrice une influence déterminante sur l'évolution de la danse au Canada. La compagnie qu'elle fonde à Montréal, LES GRANDS BALLETS CANADIENS, devient non seulement la troupe de danse classique la plus innovatrice au Canada, mais, par son choix délibéré d'encourager des talents nationaux, s'affiche comme l'exemple par excellence de ce que les artistes canadiens peuvent réaliser dans le domaine de la danse. Ses premières créations pour la télévision permettent au ballet de se faire une place à la télévision. En même temps, le dynamisme, la vision et l'inspiration dont fait preuve Chiriaeff comme professeure de danse aide non seulement à développer au Québec plusieurs générations successives de danseurs ayant une solide formation technique, mais aussi à gagner à l'art même de la danse un nouveau respect dans la province.

Elle grandit à Berlin où elle est formée par plusieurs professeurs célèbres. Selon elle, c'est à cette époque que Michel Fokine, un ami de sa famille, l'encourage dans son amour pour la danse. Jeune élève des Ballets Russes du colonel de Basil, elle danse entre autres dans La Boutique Fantasque de Léonide Massine ainsi que dans L'Oiseau de feu et Le Coq d'Or de Michel Fokine. Sous le nom de Ludmilla Otzup-Gorny ou Ludmilla Gorny elle danse à l'opéra Nollendorf de Berlin, devient soliste à l'opéra de Berlin au début de la Deuxième Guerre mondiale. En 1941, soupçonnée à tort d'être juive, elle est enfermée dans un camp de concentration.

Après la guerre, elle déménage en Suisse, où elle travaille comme danseuse, chorégraphe et actrice. Elle fait la chorégraphie de son premier film long métrage, Danse Solitaire, dans lequel elle danse. Elle fonde à Genève sa première école et sa première compagnie de ballet, les Ballets des Arts.

Quelques semaines après avoir immigré au Canada en 1952, elle ouvre une école et commence à réaliser des chorégraphies pour le tout nouveau service de télévision de la SOCIÉTÉ RADIO-CANADA , pour lequel elle crée le ballet Cendrillon. Devant le succès de ce ballet, on lui offre une demi-heure d'antenne tous les mois pour laquelle elle crée des programmes tels que L'Heure du Concert/The Concert Hour, émission bilingue diffusée partout au Canada.

Les Ballets Chiriaeff, fondés en 1955 pour répondre à des demandes de la télévision, deviennent Les Grand Ballets Canadiens en 1958. Visant à renforcer par le ballet la conscience de l'identité québécoise en puisant dans le folklore, ils ne tardent pas à devenir une institution culturelle canadienne importante bien que les autorités religieuses du Québec considèrent que le ballet est immoral. Durant leurs premières années, ils font de nombreuses tournées au Canada et aux États-Unis, avant de se rendre en Europe.

En 1970, surtout grâce au ballet-rock Tommy, dont la chorégraphie est réalisée par Fernand NAULT, codirecteur artistique, la compagnie de Chiriaeff devient si populaire dans sa province qu'elle crée Les Compagnons de la Danse pour satisfaire à la demande des petites communautés.

La formation de danseurs et de professeurs de danse est un aspect important de la carrière de Chiriaeff. En 1958, elle fonde l'Académie des Grands Ballets Canadiens, et en 1966, l'École Supérieure de Danse du Québec. Elle se retire de la direction artistique des Grands Ballets Canadiens en 1974 et se consacre à développer ses écoles, offrant des cours de ballet intensifs à tous les niveaux du système d'éducation, en particulier à l'école secondaire Pierre Laporte à Montréal (1975), au CEGEP du Vieux Montréal (1979) et à l'école Laurier pour les enfants du niveau primaire (1986).

Chiriaeff crée plus de 300 ballets pour la télévision et la scène. Certains témoignent d'un talent manifeste pour la danse de rôles. Toutes ses oeuvres, programmées et mises en scène avec soin, comprenant souvent des oeuvres d'artistes visuels et de musiciens de la région, illustrent son engagement pour la cause du ballet au Québec. Ses oeuvres chorégraphiques comprennent les films de Norman MCLAREN, Pas de Deux (1966), Kaléidoscope (1954-1955, musique de Pierre MERCURE), Les Clowns (1955, musique de Jean Francaix), L'Oiseau Phoenix (1956, musique de Clermont PÉPIN), Les Noces (1956, musique d'Igor Stravinsky), deux versions de Cendrillon (1952-1953 et 1962) et enfin, Artère (1976, musique de Gabriel CHARPENTIER).

Plusieurs documentaires de télévision portent sur Chiriaeff, entre autres : Profil (CBC, 1975); Propos et Confidences (Radio-Canada, 1976-1977); Achievers (CFCF, 1988); et La Vie n'arrête jamais (Radio-Québec, 1991).

Elle reçoit de nombreux honneurs, est nommée membre de l'Ordre du Canada (1972), puis compagnon de l'Ordre (1984), grand officier de l'Ordre National du Québec (1985), reçoit le prix international Nijinsky (1992) et le prix du Gouverneur général pour les arts de la scène (1993).