Bovins, élevage des

Les premiers bovins (famille des Bovidés du genre Bos) ont été introduits au Canada par les colons français. En 1677, il y en avait 3107 en NOUVELLE-FRANCE; en 1698, 10 209; et au milieu du XVIIe siècle, 50 013. Le bétail était une source précieuse d'aliments (lait, fromage, beurre, viande) et de peaux, utilisées pour le TRAVAIL DU CUIR. L'élevage de bovins s'est répandu dans tout le pays avec la colonisation et les ranchs (voir RANCH, HISTOIRE DU) sont devenus particulièrement importants dans les pâturages de l'Ouest canadien.

L'importance des bovins dans l'agriculture canadienne augmente de façon soutenue depuis la Deuxième Guerre mondiale. On compte environ 86 500 fermes de bovins de boucherie à travers le pays, dont plus de 70 p. cent sont des fermes de vaches-veaux. On estime le cheptel des fermes canadiennes à plus de 15 millions de bovins et veaux (incluant environ 1,6 million de vaches laitières). Parmi ceux-ci, 5,3 millions sont des bovins de boucherie. L'industrie des bovins de boucherie est la plus grande source de recettes monétaires agricoles. Les recettes provenant de la vente de bovins et de veaux totalisent environ 6,5 milliards de dollars annuellement. Le 1,3 milliard de kg de bœuf que le pays produit par année rapporte entre 15 et 20 milliards de dollars. Environ 3,5 millions de bovins sont abattus annuellement au pays.

La plupart des veaux et des jeunes bovins du Canada sont issus d'un mode d'élevage à trois phases : l'exploitation vaches-veaux qui produit des veaux sevrés, l'entreprise d'engraissement et l'entreprise de finition (habituellement dans des parcs d'engraissement). Deux ou trois de ces opérations peuvent être combinées sur une même ferme ou ranch. La triple combinaison, plus fréquente lorsque le troupeau est petit, se retrouve souvent dans une filiale d'une entreprise d'élevage mixte.

Exploitation vaches-veaux

Il s'agit d'une entreprise qui garde un troupeau reproducteur destiné à produire des veaux sevrés les plus lourds possible. Les vaches sont sélectionnées pour leur instinct maternel, la qualité de leur bœuf et d'autres traits désirables. L'accouplement prend place au début de l'été et la principale période de vêlage, au printemps suivant. Sur la plupart des fermes, l'exploitation des vaches-veaux se déroule dans les pâturages, où le bétail broute et les veaux tètent. Lorsqu'ils atteignent entre 225 et 275 kg (500-600 livres), les veaux sont sevrés et sont mis sur une diète à base de fourrage.

Il y a plus de 60 000 fermes de vaches-veaux à travers le pays. Le troupeau canadien de vaches de boucherie est estimé à environ 5 millions de têtes. La taille du troupeau varie considérablement, de quelques vaches dans les petites fermes mixtes à des centaines dans les grands élevages. La moyenne est de 61 têtes par ferme. Quarante-huit p. cent des troupeaux de vaches-veaux se retrouvent maintenant sur des fermes comptant plus de 122 têtes. Les plus grandes exploitations représentent 13 p. cent de toutes les fermes bovines, et sont situées dans les quatre provinces de l'Ouest, où l'on retrouve plus des deux tiers des troupeaux reproducteurs du Canada. Cependant, environ un sixième des stocks canadiens de veaux et de jeunes boeuf est constitué de veaux et de génisses dont on n'a plus besoin dans les troupeaux laitiers. La plupart de ces troupeaux se trouvent au Québec et en Ontario.

L'importance accordée à la production de boeufs dans l'Ouest vient probablement du fait que l'exploitation vaches-veaux repose habituellement sur l'existence de pâturages bon marché, par exemple, des régions à faible végétation, sur des terres incultes (superficie nécessaire par vache : 12 ha) ou sur des pâturages très intensément cultivés et irrigués (0,5 ha par vache). Quelques-unes des plus grandes exploitations se trouvent dans des pâturages surtout naturels nécessitant au moins 8 ha par vache. Dans ces régions, le fourrage hivernal est acheté ou le plus souvent obtenu à partir de prés naturels améliorés ou de terres arables intensivement cultivées.

Les femelles du troupeau sont habituellement des vaches et des génisses d'une seule race ou des femelles croisées susceptibles de produire diverses caractéristiques maternelles améliorées par la vigueur hybride, notamment le rendement laitier et les caractères de reproduction. Les mâles du troupeau sont des taureaux pur-sang, éprouvés, de races reconnues pour leurs caractéristiques de croissance après sevrage et la qualité des carcasses (voir ANIMAUX, ÉLEVAGE DES).

Entreprise d'engraissement

Normalement, l'entreprise d'engraissement est rattachée à l'exploitation vaches-veaux et à l'entreprise de finition. C'est essentiellement une période de croissance de 6 à 12 mois entre le sevrage et la finition pour l'abattage. Les animaux mangent du fourrage grossier ou fréquentent des pâturages pour accroître le plus vite possible la taille et la qualité de leur squelette et de leurs muscles. S'il s'agit d'une entreprise distincte, elle est hautement spéculative et est habituellement exploitée par des personnes qui disposent de grands pâturages mais non d'aliments d'hiver. Ces éleveurs achètent au printemps des bouvillons et des génisses qui ont hiverné et les vendent à la fin de l'été ou à l'automne à des éleveurs qui disposent de parcs d'engraissement.

Entreprise de finition

Le but de la finition, la dernière étape de la préparation des animaux pour l'abattage, est d'augmenter leur poids et leur qualité. Bien que quelques exploitants vaches-veaux font subir ce traitement à leur propres veaux après la période d'élevage, la finition se fait généralement dans des installations spécialement conçues à cet effet et contenant plusieurs centaines ou milliers d'animaux. Certains éleveurs, dont quelques uns en Ontario, avaient l'habitude d'utiliser leur parc d'engraissement pour accroître la valeur de leurs céréales et s'occuper durant l'hiver. Les grandes installations peuvent être équipées d'ateliers de préparation d'aliments et la plupart utilisent des camions mélangeurs-déchargeurs pour distribuer cette nourriture dans de longues mangeoires.

Les profits proviennent de deux sources : la marge bénéficiaire, c'est-à-dire la différence entre le prix de vente et le prix d'achat (un bouvillon d'un poids initial de 300 kilogrammes acheté à 1,80 dollar le kilogramme et vendu à 2 dollars le kilogramme donne un profit de 60 dollars à raison d'une marge bénéficiaire de 0,20 dollars le kilogramme); et la marge d'engraissement, c'est-à-dire la différence entre le coût d'un kilogramme gagné et le prix de vente de ce kilogramme. Donc, s'il en coûte 1,90 dollar le kilogramme pour gagner 200 kilogrammes dans le parc d'engraissement et si le prix de vente du bouvillon parvenu à 500 kilogrammes est de 2 dollars le kilogramme, le profit de l'entreprise de finition est de 20 dollars à raison d'une marge d'engraissement de 0,10 dollar le kilogramme.

Lors des achats et des ventes, l'expérience et la chance, peuvent jouer sur la marge bénéficiaire, mais la marge d'engraissement dépend à la fois de l'aptitude des bovins à assimiler la nourriture et du prix des aliments. Ce sont les veaux âgés de six à huit mois qui valorisent le mieux les aliments (6 à 8 unités de nourriture par unité de gain), mais ils sont les plus lents à gagner du poids (de 1 à 1,1 kilogramme par jour) et nécessitent la plus longue période d'engraissement. Les animaux de l'année sont ceux qui valorisent le moins bien les aliments (8 à 9 unités de nourriture par unité de gain), mais ils gagnent du poids plus rapidement (de 1,1 à 1,3 kilogramme par jour) et requièrent habituellement environ 140 jours en parc d'engraissement. En moyenne, les génisses gagnent du poids plus lentement et terminent la phase de finition à un poids moindre.

La clé de la finition réside dans des aliments hautement énergétiques (par exemple, l'ORGE, le MAÏS et, jusqu'à un certain point, le BLÉ et l'AVOINE) combinés à des fourrages grossiers (maïs ensilé, foin, paille). Dans certaines régions, les rejets ou les sous-produits (par exemple, les drêches de brasserie et de distilleries, la pulpe et la mélasse de BETTERAVE, les résidus de meuneries et de conserveries) peuvent former la base d'aliments moins efficaces, mais rentables. On utilise habituellement les aliments de qualité inférieure dans la première partie de la période de finition. À mesure que l'animal gagne du poids, chaque nouvelle unité de gain nécessite plus d'aliments ou des aliments de meilleure qualité. Il faut des aliments plus énergétiques pour que le gain soit financièrement intéressant.

Dans la plupart des régions canadiennes, la finition des bovins avec seulement de l'herbe n'est pas économique, car elle donne rarement une viande de qualité supérieure en raison de la couleur jaune du gras de la plupart des races ou parce que la couche de gras est insuffisante chez les bovins de l'année ou les bovins plus jeunes. Un séjour dans un parc d'élevage durant les 60 derniers jours est très efficace et plus économique.

Malgré les fluctuations capricieuses des prix et l'augmentation des frais, l'élevage de bovins se poursuit, car la plupart des consommateurs préfèrent la viande de boeuf. À long terme, les profits sont raisonnables. Cependant, comme les frais d'exploitation annuels sont élevés en raison des capitaux importants qu'exigent les fermes et les troupeaux, de nombreux exploitants agricoles ne peuvent résister des années à de faibles revenus et à des taux d'intérêt élevés.

Shorthorn

Originaire du nord-est de l'Angleterre et du sud de l'Écosse, cette race bovine est la première à être constituée et à être importée au Canada (1832). La croissance supérieure et la facilité d'engraissement de ces animaux (comparativement aux bovins non classés de l'époque) les rendent très vite populaires. Les pur-sang sont habituellement rouges, rouans, blancs ou rouges et blancs, mais les rouges sont les plus communs. Les vaches adultes pèsent plus de 600 kg et les taureaux adultes, plus de 900 kg. On a souvent utilisé dans les troupeaux des bêtes de race Shorthorn à production mixte ou laitière. Une espèce mutante Shorthorn sans cornes est devenue populaire.

Hereford

Originaire du comté du même nom, cette race comprend des animaux musclés et vigoureux. Réputée pour sa capacité de se nourrir dans des conditions difficiles, elle est rapidement devenue la principale race commerciale de l'Ouest du Canada. Sa figure attrayante et son poitrail principalement blancs, ainsi que les taches blanches qu'elle porte sur une robe rouge sont devenus la marque de commerce (« tête blanche » ou « chauve ») de cette race parmi les producteurs de bovins. On a créé à partir de mutants une espèce sans cornes au Canada et aux États-Unis.

Aberdeen Angus

Race écossaise de couleur noire unie, elle trouve constamment une place dans la production bovine. Remarquée pour sa facilité à vêler et la mise bas plus facile de veaux Angus, cette race possède aussi d'autres qualités appréciables dans les croisements (par exemple, maturité précoce, qualité du persillage de la viande). On a créé une lignée distincte à partir d'une mutation à incidence élevée qui donne une robe rouge.

D'autres races britanniques, la Galloway (sans cornes et à robe brun foncé, noire ou noire ceinturée de blanc), la Black Welsh, la Lincoln Red (d'origine Shorthorn), la South Devon, la Devon et la Luing, sont apparues au fil des ans, mais n'ont pas constitué une part importante de la production bovine canadienne.

Durant les trois dernières décennies, l'importance accordée à la croissance et la vigueur hybride obtenue par des croisements ont suscité un grand intérêt pour les races continentales (« exotiques »), surtout depuis l'adoption de nouveaux règlements sur la mise en quarantaine facilitant l'importation.

Charolais

Race d'animaux de grande taille à robe blanche ou blanc crème du centre-est de la France, elle a été l'une des premières importées. Sa vitesse de croissance et sa musculature exceptionnelles la rendent particulièrement intéressante pour le croisement. Le poids moyen des taureaux adultes dépasse 1000 kg et celui des vaches adultes, 700 kg. Une lignée sans cornes est en cours de développement.

Limousin

Constituée de bestiaux jaune-brun, à cornes, à peu près de même taille que l'Hereford, elle a été la deuxième race européenne continentale à être importée au Canada. Elle est appréciée pour son excellent rapport viande maigre-gras et os, caractéristique qui se maintient dans les croisements.

Simmental

Cette race à usage mixte (mais surtout pour la production laitière) est une des plus répandues en Europe. Les animaux de cette race d'origine suisse et connue sous divers noms dans toute l'Europe sont de grande taille et de couleur rouge et blanc. Ses caractéristiques appréciées pour l'élevage sont sa croissance rapide et sa production laitière.

Les autres races européennes continentales appréciées pour les croisements sont la Maine-Anjou, à robe rouge et blanche du nord-ouest de la France; la Blonde d'Aquitaine, du sud de la France; trois races blanches d'Italie : la Chianina, de vitesse de croissance et de taille adulte égales à celles de la Charolais, et deux races soeurs plus petites, la Romagnola et la Marchigiana; la Gelbvieh, race allemande de gros animaux rouges; et la Salers, race d'animaux plus petits et rouges du centre de la France.

Les pâturages d'été comprennent habituellement les caractéristiques suivantes : bonne distribution d'eau et de blocs salés enrichis d'oligo-éléments, rotation ou clôtures électriques mobiles. Les veaux, « identifiés » à la naissance, sont élevés avec les vaches. S'ils ont des cornes, on les enlève habituellement et on vaccine chaque animal contre les maladies communes (par exemple, le charbon symptomatique) au début de la saison de séjour dans les pâturages. Les veaux mâles sont généralement castrés. Si le parcours naturel est restreint ou si l'assurance d'un revenu supplémentaire le justifie, on donne du grain aux veaux.

La reproduction a lieu en été, de préférence durant une période de 6 semaines à 2 mois, par l'accouplement des vaches à des géniteurs éprouvés (environ un taureau par groupe de 30 vaches). Les génisses âgées d'environ 15 mois qui ont atteint environ 300 kg sont accouplées à des reproducteurs reconnus pour produire des veaux à mise bas facile. Un taux de fécondité élevé est extrêmement important, mais il dépasse rarement de 85 à 90 p. cent. Les veaux sont sevrés du début d'octobre à la mi-novembre, habituellement juste avant leur alimentation d'hiver.

À l'âge de 6 mois, le poids moyen des veaux de races britanniques et de leurs croisements est de 200 kg pour les mâles et de 185 kg pour les femelles. Les veaux plus précoces ou issus de croisements avec des races « exotiques » peuvent peser de 50 à 100 kg de plus. Les veaux et les génisses non nécessaires à la reproduction passent à un long engraissement, ainsi que les vaches stériles ou qui donnent naissance à des veaux malingres.

Dans la plupart des régions, l'hivernage nécessite l'affouragement, sauf si la température permet le maintien en pâturage ou l'utilisation de restes de récoltes commerciales. Dans certaines régions, par exemple la zone du CHINOOK, les troupeaux adultes sont généralement gardés dans des pâturages spécialement réservés à cette fin. On ne les nourrit que si le climat est rigoureux et avant le vêlage. Le troupeau est habituellement divisé en trois ou quatre groupes de manière à ce que les jeunes génisses de remplacement, les génisses de l'année en gestation et les génisses de deux ans attendant leur premier veau puissent avoir une alimentation facilitant leur croissance.

Les taureaux des grands troupeaux sont habituellement nourris et traités séparément. Dans les troupeaux plus petits, on peut les laisser avec les vaches adultes et les vaches en gestation. La nourriture hivernale est habituellement composée du foin produit à la ferme ou d'ensilages de GRAMINÉES, de légumineuse ou de CÉRÉALES. Du grain et des concentrés de protéines peuvent améliorer les aliments de piètre qualité; des composés minéraux et des suppléments de vitamine A sont les principaux aliments achetés. Une vache moyenne consomme 2 p. 100 de son poids en aliments secs (par exemple, du foin) par jour; donc, l'hivernage d'une vache adulte nécessite deux tonnes d'aliments.