Bissonnette, Sophie

Sophie Bissonnette, réalisatrice, scénariste, productrice, monteuse (Montréal, 18 septembre 1956). Élevée à Ottawa, Sophie Bissonnette étudie le cinéma et la sociologie à l'Université Queen's de Kingston, où elle obtient un baccalauréat ès arts, en 1978.

Bien avant les succès en salle de films comme Les Boys (1997-2005) et Bon cop, bad cop (2006), les productions québécoises étaient principalement connues pour leurs innovations et leur idéologie politique. Sophie Bissonnette, dont les premiers documentaires font leur apparition au début des années 1980, illustre une époque où de nombreux cinéastes dénonçaient les injustices sociales et sollicitaient des changements.

Après s'être établie à Montréal, Sophie Bissonnette coréalise, en 1980, le DOCUMENTAIREUne histoire des femmes (A Wives' Tale), en compagnie de Joyce Rock et du légendaire cinéaste et réalisateur Martin Duckworth. Ce film fait part des préoccupations de la réalisatrice à l'égard de la grève historique des mineurs (1978-1979) de la Inco Company, à Sudbury, mais du point de vue des femmes des mineurs, qui engagent une bataille tout en vivant des tensions sur le plan conjugal et d'autres problèmes. Lauréat du prix de la Critique du Québec pour le meilleur film de l'année, ce film est le premier d'une série de documentaires sur lesquels Sophie Bissonnette jette un regard sur la condition des femmes.

Quel Numéro (1985), que Bissonnette coréalise avec Jean-Roch Marcotte, décrit également l'incidence du milieu de travail sur la vie des femmes. Sous-titré The Electronic Sweatshop, ce documentaire est le premier à traiter des conditions de travail à l'aube de l'ère numérique. Téléphonistes, caissières dans les supermarchés, secrétaires ou employées des postes, ces femmes vivent l'oppression des machines qu'elles utilisent ainsi que la technologie de surveillance, qui évalue leur rendement. Dans un registre quelque peu différent, L'amour... à quel prix? (1988) de Sophie Bissonnette retrace les histoires d'amour décevantes de trois femmes en explorant comment les rêves naïfs de type « ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants » avec « l'homme parfait » peuvent mener à une dépendance économique écrasante. La thèse féministe du film, qui semble dépassée aujourd'hui, fait valoir que bien des femmes passent leur vie à compter sur leur père, leur mari et, finalement, sur les agences d'aide du gouvernement.

Au court de sa carrière, Sophie Bissonnette réalise, entre autres, Le plafond de verre (1992), court métrage qui traite des obstacles auxquels les femmes font face dans leur milieu de travail. Près de nous (1997), quant à lui, décrit le rôle des sages-femmes, et Un souffle de colère (1996) porte sur la grève des travailleurs de l'amiante en 1949. En réalisant Des lumières dans la grande noirceur (1991), la cinéaste fait basculer son centre d'intérêt envers des groupes de femmes et se concentre désormais sur une seule protagoniste. Le documentaire honore une activiste de 86 ans du nom de Léa Roback par laquelle le film suit les événements qui composent l'histoire sociale et politique du Québec et aborde également les expériences de Léa Roback, qui a grandi en tant que Juive dans une petite ville du Québec. Madeleine Parent (2002) décrit aussi une femme engagée politiquement. Organisatrice syndicale et féministe de renom, Madeleine Parent est tellement méprisée par Maurice Duplessis, premier ministre autoritaire du Québec dans les années 1950, que ce dernier s'assure qu'elle soit constamment harcelée par la police.

Partition pour voix de femmes (2001) est l'un des projets les plus ambitieux de Sophie Bissonnette. Dans ce film, la documentariste suit de près la Marche mondiale des femmes, en 2000, afin de protester contre la pauvreté et la violence dans près de 30 pays répartis sur cinq continents. Le film fait voyager les spectateurs du Burkina Faso aux États-Unis en décrivant l'activisme des femmes, depuis celles vivant au foyer au Liban jusqu'aux travailleuses du sexe du Québec.

Dans le monde du cinéma au Québec, très différent de l'époque bénie des documentaires féministes, Sophie Bissonnette et d'autres cinéastes de sa trempe luttent pour financer leurs productions. Grâce à son engagement auprès de l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec, à son travail auprès de l'ancien distributeur indépendant Ciné Libre et à titre de membre-fondatrice du Festival du film documentaire de Montréal, Les Rencontres internationales du documentaire de Montréal, Sophie Bissonnette a été une ardente défenseur du cinéma engagé visant à raconter des histoires qui auraient pu être méconnues autrement.