Formant un bras au nord-est du LAC HURON, la baie Georgienne est située au centre sud de l'Ontario. Elle est protégée du lac par l'arête calcaire de l'ESCARPEMENT DU NIAGARA, qui s'allonge dans un grand arc vers le nord-ouest jusqu'à la PÉNINSULE BRUCE. La baie est alimentée par le lac Supérieur, par la voie du chenal Nord, entre l'île Manitoulin et la rive nord et, indépendamment, par les rivières Mississagi, Spanish, des Français, Magnetawan, Muskoka, Severn et Nottawasaga. Le détroit entre la péninsule Bruce et l'ÎLE MANITOULIN s'appelle le chenal Main (25 km de largeur).

Contrastant avec les douces falaises de calcaire de la côte ouest, la côte est, taillée dans le dur rebord du BOUCLIER canadien, est découpée en myriades de baies, d'anses et de criques, sans compter les milliers d'îles éparpillées le long du littoral. À l'intérieur, dans la courbe sud-ouest de la baie Nottawasaga, il y a de nombreuses plages de sable, dont la plus longue est celle de Wasaga. Autour de la baie (du sud-ouest au nord-est) se trouvent OWEN SOUND, COLLINGWOOD, Wasaga Beach, MIDLAND, Port McNicoll, Victoria Harbour etPARRY SOUND. En été, la population de touristes dépasse celle des résidants.

Étienne BRÛLÉ est le premier Européen à découvrir la baie (peut-être vers 1610), et CHAMPLAIN y vient par la RIVIÈRE DES FRANÇAIS (1615) pour visiter les Hurons qui vivent sur une petite péninsule le long de la côte sud-est (voir HURONIE). Les missionnaires jésuites arrivent dans cette région vers les années 1620, et, en 1634, BRÉBEUF est chargé d'y fonder une mission permanente (SAINTE-MARIE-DES-HURONS).

La baie a aussi une liaison naturelle par eau, parfois appelée le passage Toronto, avec le lac Ontario en passant par le lac Simcoe et la rivière Nottawasaga. Cette voie est d'abord utilisée par les Indiens et, plus tard, pendant la guerre de 1812, alors qu'on ouvre la base militaire de Penetanguishene. Le peuplement se fait à la suite de la construction d'un chemin de fer de Barrie à Collingwood, en 1855. Des concessions gratuites de terres favorisent le développement de la région, en 1868, quoique le sol soit généralement impropre à la culture. La principale industrie de la fin du XIXe siècle est l'exploitation forestière. En 1890, Midland se classe au second rang dans la production, après Ottawa. Dès 1900, la plupart des forêts sont ravagées, et l'industrie du bois meurt, laissant derrière elle un territoire rasé et quelques usines locales. L'industrie de la pêche dure plus longtemps. Jusque dans les années 50, des quantités énormes de corégones, de truites et de brochetons sont expédiées par train. Vers 1960, l'industrie est pratiquement ruinée par la LAMPROIE.

Aujourd'hui, on trouve diverses industries secondaires autour de la baie : textile, équipement photographique, construction navale. Celle de la manutention du grain, autrefois profitable, s'affaiblit rapidement après l'ouverture de la VOIE MARITIME DU SAINT-LAURENT. Le tourisme, que favorise la splendeur naturelle de la région de la baie Georgienne, s'amorce dans les années 1850 avec l'arrivée du chemin de fer et constitue aujourd'hui la principale industrie. Quelque 30 ans plus tard, des maisons de vacances se construisent le long du littoral nord, et, après 1900, des milliers de touristes assidus viennent par train à Parry Sound et à Midland, et de là, par bateau jusqu'aux îles pour pêcher, naviguer et camper. Les régions les plus connues sont les îles de la côte nord, les « trente milles îles » sur la côte est, l'île Manitoulin, la plage de Wasaga et son parc d'attractions, la marina de Tobermory ainsi que le Sanctuaire des martyrs et les reconstructions de Sainte-Marie et du village huron près de Midland.

Appelée lac Manitoulin par le capitaine William Fitzwilliam Owen, qui dresse la carte de la région en 1815, la baie est plus tard reconnue comme une partie du lac Huron. Elle est nommée à la mémoire de George IV par le capitaine H.W. Bayfield, au service du ministère de la Marine entre 1819 et 1822. Presque aussi étendue que le lac Ontario, c'est une des plus vastes nappes d'eau douce du monde.