Arthur Lamothe

Arthur Lamothe, réalisateur, producteur et monteur (né à St-Mont, France, le 7 décembre 1928, décédé à Montreal, Québec le 18 septembre 2013). Il arrive au Canada en 1953 et exerce divers métiers jusqu'à la fin des années 50, où il entre à l'Office national du film (ONF) à titre de recherchiste et de scénariste. Son premier film, Bûcherons de la Manouane, un documentaire sur la vie dans les chantiers, date de 1962.

Il quitte l'ONF pour fonder sa propre compagnie de production et réalise un long métrage de fiction, Poussière sur la ville (1965), qui est somme toute un échec. Convaincu que cette voie n'est pas la sienne, il revient au documentaire et intègre son travail dans une perspective sociale. En 1970, il réalise pour la Confédération des syndicats nationaux (CSN) un long métrage sur les conditions de travail des ouvriers de la construction. Le Mépris n'aura qu'un temps affirme réellement la perspective dans laquelle s'inscrira désormais son oeuvre : la dénonciation et la prise de conscience. Dès lors on peut le qualifier de cinéaste militant qui produira plusieurs films indépendants aux propos politiques et courageux qui n'auraient probablement pas vu le jour autrement. Après plusieurs commandites, il entame, en 1973, sa première grande série amérindienne (terminée en 1976), Carcajou et le péril blanc, huit films qui font comprendre la culture montagnaise et dénoncent la dépossession causée par les Blancs. Cette série, la première de toute notre histoire à adopter le point de vue indien, se poursuit dans une seconde, Innu Asi / La Terre de l'homme (1979-1980), composée de quatre films plus politiques. Il poursuit son cycle amérindien avec Mémoire battante (1983, trois épisodes) où au documentaire s'ajoute une dramatique de nature historique. En 1992, il présente La Conquête de l'Amérique I et La Conquête de l'Amérique II dont le tournage initial remontait à 1977 et qui retrace l'histoire de l'Amérique du point de vue amérindien en faisant sien les revendications des Montagnais. En 1993, L'Écho des songes s'intéresse à l'art autochtone de toutes les régions du Canada. Après une éclipse de 20 ans, il était revenu à la fiction avec Équinoxe (1986), un film dont le contenu tirait les leçons morales de ses fréquentations antérieures de la culture amérindienne. L'accueil avait cependant été plutôt tiède. En 1996, il aborde à nouveau la fiction avec Le Silence des fusils, l'histoire réelle de deux Innus morts de façon suspecte sur une rivière de la Côte-Nord. Prenant le parti de la thèse amérindienne (qu'une commission d'enquête a invalidée en 1998), Lamothe dénonce la justice des Blancs et démontre qu'il pratique toujours, depuis 30 ans, un cinéma engagé, quelle que soit l'esthétique qu'il choisit. En 1980, Lamothe est le premier récipiendaire du prix Albert-Tessier remis par le gouvernement québécois. Le Festival du film et de la vidéo autochtones lui a rendu hommage en 1994.