Anne Hébert, C.C., poète, dramaturge et romancière (née le 1er août 1916 à Sainte-Catherine-de-Fossambault, QC; décédée le 22 janvier 2000 à Montréal, QC). Compagnon de l'Ordre du Canada, membre de la Société royale du Canada et trois fois récipiendaire du Prix du Gouverneur général, Anne Hébert a consacré sa vie à l'écriture. Sa poésie et sa prose ont servis de modèles à de nombreux écrivains et ont été analysés dans des centaines d'études particulièrement au Québec, mais aussi en France et au Canada anglais.

Enfance et début de carrière

Son père, Maurice, fonctionnaire provincial et écrivain, guide ses pas au début de sa carrière littéraire. Par sa mère, elle est rattachée à la lignée de François-Xavier Garneau, historien du XIXe siècle. Son talent littéraire s'inscrit superbement dans la tradition littéraire familiale. Elle est aussi cousine et amie d'Hector de Saint-Denys Garneau dont la poésie la bouleverse profondément. Cependant, elle reste surtout marquée par la mort dans l'isolement, de ce dernier, à la fin de 1943. Elle se sent désormais poussée à une révolte ouverte, comme en témoignent les oeuvres qui suivront.

Anne Hébert grandit, étudie et vit à Québec jusqu'au milieu de la trentaine. De 1950 à 1954, elle travaille à des émissions de Radio-Canada et rédige des scénarios pour l'Office national du film. Elle part ensuite à Paris grâce à une bourse, où elle vit plus de 30 ans avant de revenir au Québec en 1997. Son séjour en France est entrecoupé de fréquentes visites au Québec.

Son cheminement pour devenir une poète en pleine maturité comporte trois étapes. En 1942, elle publie son premier recueil, Les Songes en équilibre, où elle apparaît comme vivant dans un état second relié à l'univers du rêve. Puis, paraît Le Tombeau des rois (1953), relation d'une tragédie hautement symbolique où s'affrontent mort et vie, songe et réalité. Enfin, en 1960, à l'aube de la Révolution tranquille au Québec, l'émouvant verset de Mystère de la parole révèle un moi libéré. Son premier volume en prose, Le Torrent, un recueil de nouvelles, paraît en 1950 et choque les lecteurs. La violence dans le non-dit, les valeurs de la société québécoise bousculées, rebutent plus d'un éditeur. L'oeuvre n'en deviendra pas moins un classique.

Romans

Son premier roman, Les Chambres de bois (1958), témoigne d'une imagination très personnelle, apte à décrire des univers mortellement clos sur eux-mêmes, habités par le jeu des passions brutales et la violence des instincts, mais ce n'est qu'en 1970, avec son célèbre roman Kamouraska que l'auteure démontre son talent. Elle y combine habilement deux intrigues qu'elle situe dans le Québec du XIXe siècle. Le rythme haletant, angoissé et romanesque appuie un suspens bien contrôlé. Ce roman vaut à Anne Hébert le prix des Libraires (de France) et le prix littéraire hors de France de l'Académie royale de Belgique (1971). Anne Hébert collabore au scénario et le film est porté à l'écran en 1973, par Claude Jutra. Il est traduit en anglais comme presque toute son oeuvre.

Dans Les Enfants du sabbat (1975), Anne Hébert raconte une histoire de sorcellerie se déroulant au Québec. Ce livre lui permet de remporter le Prix du Gouverneur général en 1975, le prix de l'Académie française et le prix de la fondation Pierre-de-Monaco en 1976 pour l'ensemble de son oeuvre. En 1978, elle reçoit l'honneur du prix David pour l'ensemble de son oeuvre. Héloïse (1980) est le récit de fantômes-vampires qui hantent le métro de Paris. Les Fous de Bassan (1982) reçoit le prix Fémina et est porté à l'écran par Yves Simoneau en 1986. L'intrigue se déroule à Gaspé, où deux adolescents d'un village anglo-protestant sont assassinés.

Dernières années

Elle écrit nombre de pièces qu'elle publie sous le titre Le Temps sauvage. Dans la pièce du même nom, une mère tente en vain de protéger ses enfants du monde extérieur. Anne Hébert a consacré les dernières années de sa vie à épurer encore davantage son style, à auréoler d'encore plus de rêves et du mystère personnages ou poèmes (Le Premier jardin, 1988; L'Enfant chargé de songes, 1992; Le Jour n'a d'égal que la nuit, 1992). Son dernier ouvrage porte un titre prophétique : Un habit de lumière. Anne Hébert a reçu des doctorats honorifiques de l'Université de Toronto (1969), de l'Université de Guelph (1970), de l'Université du Québec à Montréal (1979), de l'Université McGill (1980) et de l'Université Laval (1983). Ses archives sont conservées à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Publications

Romans

  • Les chambres de bois (1958)
  • Kamouraska (1970)
  • Les enfants du sabbat (1975)
  • Héloïse (1980)
  • Les fous de Bassan (1982)
  • Le premier jardin (1988)
  • L'enfant chargé de songes (1992)
  • Est-ce que je te derange ? (1998)
  • Un habit de lumière (1999)

Recueils de poésie

  • Les songes en équilibre (1942)
  • Le tombeau des rois (1953)
  • Poèmes (1960)
  • Le jour n'a d'égal que la nuit (1992)
  • Oeuvre poétique (1993)
  • Poèmes pour la main gauche (1997)

Nouvelles

  • Le torrent (1945)
  • Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais (1995)

Pièces de théâtre

  • La Mercière assassinée (1958)
  • Le temps sauvage (1963)
  • Les Invités au Procès (1967)
  • La cage suivi de L'île de la demoiselle (1990)

Scénarios

  • L’Éclusier (1953)
  • The Charwoman (1954)
  • Midinette (1955)
  • La Canne à pêche (1959)
  • Saint-Denys Garneau (1960)
  • L'Étudiant (1961)
  • Kamouraska (1973)
  • Les Fous de Bassan (1987)

Prix et récompenses

  • Prix Athanase David (Les Songes en équilibre), 1943
  • Prix Québec-Paris (Les Chambres de bois), 1958
  • Prix Ludger-Duvernay, 1958
  • Prix Molson, 1968
  • Prix des Libraires de France (Kamouraska), 1971
  • Prix de l'Académie royale de Belgique (Kamouraska), 1971
  • Prix du Gouverneur général (Les Enfants du sabbat), 1975
  • Prix Prince-Pierre-de-Monaco, 1976
  • Prix Athanase-David, 1978
  • Prix Fémina (Les Fous de Bassan), 1982
  • Prix du Gouverneur général (Les Fous de Bassan), 1982
  • Médaille de l'Académie des lettres du Québec, 1984
  • Prix littéraire Canada-Communauté française de Belgique, 1988
  • Compagnon de l’Ordre du Canada, 1968
  • Grand prix de l'écriture S.T. Dupont, 1989
  • Prix du Gouverneur général (L'enfant chargé de songes), 1992
  • Prix Alain-Grandbois (Le jour n'a d'égal que la nuit), 1993
  • Prix Gilles-Corbeil, 1994
  • Prix Jean-Hamelin (Un habit de lumière), 1999