Anne Elizabeth Haviland (nom de naissance Grubbe), botaniste et collectionneuse (née le 28 septembre 1818 à Aylesbury, dans le Buckinghamshire, Angleterre; décédée le 10 novembre 1902 à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard).

Anne Elizabeth (Grubbe) Haviland réunit la première collection connue de spécimens botaniques de l’Île-du-Prince-Édouard. Cette collection fait aujourd’hui partie de l’herbier des jardins botaniques royaux de Kew, en Angleterre. Anne Elizabeth Haviland est l’épouse de Thomas Heath Haviland, l’un des Pères de la Confédération et lieutenant-gouverneur de l’Île-du-Prince-Édouard (1879-1884).

Jeunesse et émigration

Anne Elizabeth Grubbe voit le jour au manoir d’Horsenden, dans la vallée d’Aylesbury, Buckinghamshire. Cette résidence bourgeoise appartient à sa famille depuis le milieu du XVIIe siècle. Ses parents John Grubbe et Sarah Anne Carrington, membres de l’aristocratie terrienne anglaise, ont 12 autres enfants. On en sait très peu sur l’éducation de la jeune Anne Grubbe; toutefois, il y a fort à parier que ses années passées à la campagne dans le Buckinghamshire ont éveillé chez elle un intérêt grandissant pour le monde naturel.

En 1841, John Grubbe émigre à l’Île-du-Prince-Édouard avec son épouse et sept de leurs enfants ‒ dont Anne, alors âgée de 23 ans ‒, une gouvernante et huit domestiques. La famille Grubbe compte, à l’époque, parmi les propriétaires terriens les plus prospères de l’île. En 1842, John Grubbe acquiert 280 acres de terres près de la rivière Hillsborough et y fait construire une résidence du nom de Falcon Wood, s’établissant comme gentilhomme cultivateur dans la région. Anne, avec sa mère et ses sœurs, se joint à la Ladies Benevolent Society, une œuvre de charité venant en aide aux démunis de l’île.

Mariage

En 1846, John Grubbe meurt des suites d’une maladie apparentée à la « dysenterie ou au choléra » (selon le journal Islander de Charlottetown), alors que sévit une épidémie sur l’île. Sarah Anne et ses enfants demeurent à l’Île-du-Prince-Édouard encore quelques années, avant de rentrer en Angleterre. Anne Elizabeth décide quant à elle de rester après son mariage avec Thomas Heath Haviland, avocat comptant dans sa famille quelques-uns des politiciens les plus en vue de l’île, en 1847. Ils auront ensemble – les sources divergent à ce sujet – neuf enfants, dont deux n’atteindront pas l’âge adulte. Tout comme les Grubbe, les Haviland sont issus de l’aristocratie terrienne anglaise; de plus, ils appartiennent au très sélect « family compact », d’affiliation conservatrice, qui détient presque toutes les terres de l’Île-du-Prince-Édouard (voir La question des terres de l’Île-du-Prince-Édouard).

Botanique

Au tournant du XIXe siècle, on considère la création de collections d’éléments naturels – fleurs séchées, coquillages, papillons, fossiles – soigneusement étiquetés comme une activité convenable pour les femmes de la bourgeoisie. Le paysage canadien regorge d’ailleurs d’une vaste diversité de ces éléments, au grand plaisir des immigrants collectionneurs. On compte déjà plusieurs botanistes reconnues en Amérique du Nord britannique à l’époque où John Grubbe débarque en sol canadien, notamment Catharine Parr Traill, auteure de l’ouvrage The Backwoods of Canada (1836).

La constitution de la collection d’Anne Elizabeth Haviland remonte au début de son mariage, entre 1849 et 1854. Elle cueille alors ses spécimens dans les jardins qui entourent Falcon Wood et certains autres domaines de l’île. Parmi les plantes de sa collection, on retrouve le rhodora (un type de rhododendron), répandu dans les régions humides de l’Est de l’Amérique du Nord, le crevard de mouton, le cornouiller, deux espèces de pirole, quatre espèces de lycopode (ou cèdre rampant), une pirole fleurie et une épigée rampante (ou fleur de mai).

En 1860, dans son discours marquant la fondation de la Société botanique du Canada, le Dr George Lawson affirme ceci : « Nos observateurs sont répartis d’un bout à l’autre du pays, de la colonie de la rivière Rouge dans l’Ouest à l’Île-du-Prince-Édouard dans l’Est ». Ce commentaire fait très probablement référence à Anne Elizabeth Haviland. On ignore si Anne Elizabeth Haviland poursuit sa collection de spécimens botaniques plus tard dans son mariage, alors qu’augmentent ses responsabilités sociales au gré de la progression de la carrière politique de son époux.

Confédération et fin de vie

L’époux d’Anne Elizabeth Haviland jouit d’une longue carrière politique, servant pendant 30 ans (1846-1876) à l’Assemblée législative. Il devient l’un des Pères de la Confédération, un membre du Sénat du Canada (1873-1879) et le troisième lieutenant-gouverneur de la province (1879-1884). Mariée à l’un des personnages politiques les plus en vue de l’Île-du-Prince-Édouard, Anne Elizabeth Haviland est appelée à jouer au sein de la société un rôle d’hôtesse et de philanthrope. On dira de l’épouse du lieutenant-gouverneur qu’elle s’acquitte de ses fonctions au gouvernement avec « l’élégance, la grâce et la dignité de la plus charmante des hôtesses ». Thomas Heath Haviland s’éteint en 1895. Anne Elizabeth Haviland lui survit sept ans. Elle vit à la maison de campagne Alma à Charlottetown jusqu’à son décès en 1902.

Héritage

La collection botanique d’Anne Elizabeth Haviland est transportée de son vivant en Angleterre par un membre de sa famille – vraisemblablement sa nièce Julia Grubbe, qui recueille des spécimens à Southwold, en Angleterre. Il se pourrait également que la collectionneuse ait elle-même confié sa collection à sa famille lors de visites dans son pays natal. La collection, perdue pendant plusieurs années, est retrouvée par Margaret Grubbe, arrière-petite-nièce d’Anne Elizabeth Haviland, lorsque la maison familiale de Southwold, Park Villa, réquisitionnée par l’armée en tant qu’entrepôt pendant la Deuxième Guerre mondiale, doit être vidée de son contenu. Margaret Grubbe fait don de la collection aux jardins botaniques royaux de Kew (mieux connus sous le nom de Kew Gardens), à Londres, où son amie M.M. Whiting travaille comme bénévole. Kew Gardens est un centre de recherche scientifique, horticole et de conservation de renommée mondiale. M.M. Whiting publie en 1948 un article dans le Kew Bulletin, soulignant l’importance de la collection d’Anne Elizabeth Haviland. Elle y note qu’« après avoir cherché partout, on ne trouve aucun spécimen recueilli antérieurement à l’Île-du-Prince-Édouard ». Les spécimens de la collection d’Anna Elizabeth Haviland demeurent les plus anciens jamais recueillis dans cette province.