Évolution

L'origine de la faune terrestre actuelle de l'Arctique au Canada remonte au Pléistocène (voir Époque glaciaire). Il y a quelques milliers d'années, durant la dernière glaciation continentale, d'épaisses couches de glace recouvraient la plus grande partie du Canada et du Nord des États-Unis. Les animaux arctiques descendent d'espèces qui occupaient les terres où la végétation repoussait après le retrait des glaces.

Habitat

L'Arctique est la partie du monde située au nord du cercle arctique, au-delà duquel il y a au moins un jour dans l'année où le soleil ne se couche pas et un autre où il ne se lève pas. En milieu terrestre, la démarcation écologique est la limite forestière; en mer, la frontière se situe là où les eaux froides et peu salées caractéristiques de l'Arctique rencontrent l’océan Atlantique et l’océan Pacifique. Les reptiles et la plupart des mammifères hibernants ne se répartissent pas au nord de la ligne de pergélisol continu. La température moyenne annuelle est sous le point de congélation, et le sol est gelé en permanence en profondeur; il n'y a donc pas de couche chaude près de la surface du sol pendant l'hiver. Certaines espèces d'insectes, de rongeurs, de carnivores et d'oiseaux des zones boréales ne se trouvent pas dans cette région dénudée parce qu'ils dépendent des arbres pour trouver nourriture et abri.

Les étendues d'eau libre sont rares dans la plus grande partie de l'Arctique, et ce, pendant presque toute l'année. Sauf dans les endroits où il y a des rapides et des clapotis de marée, il se forme généralement de la glace solide ou une banquise dense qui bloque l'accès au milieu aquatique. Les animaux qui hivernent dans la toundra arctique doivent étancher leur soif avec de la neige. L'hiver, les oiseaux et les mammifères ichtyophages migrent généralement dans des endroits où les proies sont plus accessibles. Ceux qui restent se concentrent dans les rares polynies (endroits libres de glace).

Le facteur le plus restreignant pour la vie animale en Arctique est peut-être la brièveté de la saison de croissance. La végétation terrestre, qui pousse pendant les rares mais longs jours d'été, doit assurer la subsistance des animaux pendant un hiver exigeant et rigoureux. Tout comme les oiseaux et les mammifères qui se nourrissent de poissons, d’autres animaux passent l'hiver ailleurs : les oiseaux se dirigent vers les côtes océaniques plus au sud, les plaines intérieures et les régions forestières, et un grand nombre de caribous de la toundra vont dans les pâturages de lichens de la forêt boréale ouverte.

La courte saison de croissance chasse parfois certaines espèces hors des écosystèmes arctiques. Au nord de la toundra, il est rare de rencontrer des mouches noires, qui sont un véritable fléau dans la forêt boréale. On peut attribuer l'absence de chauves-souris et d'hirondelles à la courte période où les insectes volants sont disponibles comme source de nourriture.

Une autre contrainte importante de la vie des animaux de l’arctique est la dangereuse perte de chaleur causée par la température hivernale basse et le refroidissement par le vent. Ce refroidissement oblige les animaux à sang chaud à avoir une fourrure épaisse et isolante. Couverts d’une épaisse robe, les animaux de l’Arctique sont généralement de grande taille. En effet, plus l'animal est grand, plus son rapport surface-masse corporelle est grand et moins sa perte de chaleur relative est élevée. Le Grand corbeau et le renard arctique sont les plus petits animaux que l'on rencontre au-dessus de la surface de la neige durant l'hiver.

Dans l'Arctique, la présence de bancs de neige ou de congères fait que certains animaux, tels que les gélinottes et les ongulés, utilisent les zones plus tendres dans la zone boréale pour s’y abriter. Certains animaux parviennent quand même à utiliser ces bancs de neige dure, comme le lemming d'Ungava, pourvu de griffes spéciales l'hiver, et l'ours polaire, qui y creuse une tanière pour hiberner et mettre bas. Le phoque annelé est le seul à construire la tanière où il met bas sur la banquise qui s’étend à partir des côtes.

Les sources de nourriture sont parfois rares, dispersées et éphémères. La plupart des espèces arctiques s'y sont adaptées et sont, par conséquent, très opportunistes. Plus au sud, les insectes se nourrissent habituellement d'une seule espèce de plante, tandis que les oiseaux et les mammifères ont un régime alimentaire assez fixe. Dans l'Arctique, ils exploitent communément des sources de nourritures plus variées. L'ours polaire, par exemple, subsiste avec des ressources diversifiées et peu abondantes, tant aquatiques que terrestres, pendant de longues périodes chaque année. Le labbe à longue queue est un oiseau également bien adapté à ce milieu. Durant le court été arctique, il se nourrit d'Arthropodes terrestres, d’oiseaux, de lemmings, d'organismes marins et de charognes.

Écologie

Comparées aux milieux terrestres, les eaux marines et lacustres ont une température variant très peu durant toute l'année. Cependant, la baisse saisonnière de température influence beaucoup l'environnement aquatique en faisant geler les eaux de surface jusqu'à une profondeur de deux mètres ou plus. La glace, particulièrement lorsqu'elle est recouverte de neige, empêche les rayons solaires nécessaires à la photosynthèse. De plus, puisque la glace dérivante fait geler le fond et l'érode, la productivité des zones marines intertidales et côtières arctiques est grandement réduite. Par comparaison, la productivité marine est faible, car les végétaux et les animaux sont limités par les basses températures et la disponibilité d'éléments nutritifs et de la lumière. En raison du couvert glaciel dangereux et de la productivité hivernale limitée, plusieurs populations de mammifères marins hivernent en haute mer dans des milieux plus productifs.

Les algues sont mangés par le zooplancton, qui est lui-même mangé par la morue arctique (ou saïda) et la saïda imberbe, par les marmettes et les guillemots et par des mammifères marins comme le phoque annelé. Les algues servent également de nourriture aux mollusques, qui sont une ressource alimentaire du morse. Les prédateurs situés dans les niveaux supérieurs de la chaîne alimentaire des mers arctiques sont l'ours polaire et l'épaulard. Parmi les principaux nécrophages, on compte le goéland bourgmestre, des crustacés amphipodes (qui mangent les poissons et les carcasses de phoques laissés trop longtemps dans les filets) et le laimargue (requin léthargique qui peut atteindre une longueur de 3 m). L'omble chevalier, le principal poisson comestible de l'Arctique, passent les premières années de sa vie en lac, mais si la mer est accessible, il devient anadrome ultérieurement au cours de sa vie (c'est-à-dire qu'il migre vers les eaux côtières l'été pour se nourrir de crustacés et d'autres petits animaux marins et retourne frayer en lac à l'automne).

Activités humaines

La faune arctique est à la base de l'économie locale de subsistance et, étant partiellement migratrice, elle est une source de nourriture, de commerce et de loisirs ailleurs dans le monde. L'oie des neiges, qui naît dans l'Arctique canadien, est chassée aussi loin au sud que dans les champs de riz du Texas. Les populations de phoques du Groenland, qui passent l'été dans les eaux arctiques, sont chassées dans le golfe du Saint-Laurent.

Les peuples primitifs de l'Arctique utilisaient des petites lames et des pointes de pierre pour tuer le gibier à peau mince comme le caribou et les oiseaux. Les cultures ultérieures dépendaient des mammifères marins, particulièrement de la baleine boréale. Les populations de cette dernière, qui est la plus grande baleine de l'Arctique, ont grandement été réduites par la chasse (voir Chasse à la baleine) pratiquée par les Américains et les Écossais vers la fin des années 1800.

Les Inuits ont autrefois été grandement dépendants des mammifères marins, plus particulièrement du phoque annelé, qui reste tout l'hiver dans les baies et les détroits gelés et creuse des trous de respiration dans la glace. Les chasseurs les attendent près des trous et les harponnent quand ils arrivent en surface.

Les phoques étaient une source de combustible (huile), de peau (utilisée pour fabriquer des bottes et des tentes d'été) et de viande. La peau des caribous tués en août, quand leurs nouveaux poils sont encore courts et fins, était la plus populaire pour la fabrication des vêtements. La fourrure du bœuf musqué et la peau du caribou tués en hiver étaient utilisées comme literie. Le commerce des fourrures de renard arctique a véritablement commencé au début des années 1900.

Défis

Avec le développement social et l'expansion industrielle, la conservation de la faune arctique demande une attention soutenue. Parmi les mesures prises récemment dans ce domaine, il y a des restrictions par les États-Unis sur l'importation des produits de mammifères marins; l'imposition par la Commission baleinière internationale de quotas sur les prises de baleine boréale par les chasseurs autochtones de l'Alaska; la signature d'une convention internationale sur la conservation de l'ours polaire (particulièrement en haute mer) par les États-Unis, la Norvège, le Danemark, l'ex URSS et le Canada; et la délégation de la gestion de la chasse à des organismes inuits du Canada après le règlement des revendications territoriales.

L'exploration et la production pétrolière, le forage en mer et le transport maritime pendant toute l'année est une grande source d'inquiétude pour les environnementalistes et les groupes autochtones. Parmi les autres facteurs qui menacent les animaux arctiques, on compte la pollution (industrielle et militaire), les effets du changement du climat (notamment la fonte des glaces de mer) et l'accroissement des populations humaines qui entraîne de plus en plus de chasse.