Amor de Cosmos (né William Alexander Smith), rédacteur en chef, politicien, premier ministre de la Colombie-Britannique de 1872 à 1874 (né le 20 août 1825 à Windsor, en N.-É.; et décédé le 4 juillet 1897 à Victoria en C.-B.) Le principal promoteur de la Confédération en Colombie-Britannique, Amor de Cosmos joue un rôle crucial à l’admission de la province dans la Confédération. Il devient le deuxième premier ministre de la Colombie-Britannique et député fédéral. Beaucoup le considèrent comme le Père de la Confédération de la Colombie-Britannique.

Jeunesse et carrière

William Alexander Smith naît dans une famille de loyalistes qui s’étaient établis à Windsor en Nouvelle-Écosse après la Révolution américaine. Enfant, il fréquente l’école privée et le King’s College School. En 1840, sa famille déménage à Halifax, où il travaille comme commis dans une firme d’épicerie en gros et en détail. Le soir, il fréquente une école secondaire dirigée par le père du futur premier ministre sir John Thompson.

William Alexander Smith quitte son travail à Halifax en 1852 et se met en route pour les champs aurifères de Californie. Une fois arrivé sur la côte Ouest, cet amateur de photographie passionné ouvre un studio de photographie par daguerréotype au lieu de se mettre à la recherche d’or. Il s’installe à Mud Springs, renommé El Dorado peu de temps après. Suivant l’exemple de sa nouvelle ville, William Alexander Smith change de nom. En 1854, avec la permission du Sénat californien, il devient légalement « Amor de Cosmos ». Ce nom, selon lui, « exprime ce que j'aime le plus [...] ordre, beauté, le monde, l'univers ». Quand les nouvelles de la découverte d’or sur les rives du fleuve Fraser arrivent en Californie en 1858, Amor de Cosmos part vers le nord pour rejoindre son frère à Victoria sur l’île de Vancouver (voir Ruée vers l’or du fleuve Fraser).

Une fois sur l’île, il se lance dans le journalisme et fonde The British Colonist, dont le premier numéro paraît le 11 décembre 1858.

Carrière politique et Confédération

The British Colonist lui sert de tremplin pour se lancer en politique. Dès son premier éditorial dans le premier numéro du journal, Amor de Cosmos dénonce le gouverneur James Douglas, dont l’administration coloniale est dominée par d’anciens officiers de la Compagnie de la Baie d’Hudson, sans parler des amis et des membres de sa famille que James Douglas avait nommés à des fonctions non élues. Ce groupe élitiste que Amor de Cosmos ridiculise et surnomme le « family-company compact » s’oppose aux institutions politiques représentatives en faveur d’un ordre social fortement hiérarchisé (voir Family Compact). Par contraste, les valeurs politiques de Amor de Cosmos sont influencées par le libéralisme britannique. Il promeut la liberté individuelle et les institutions représentatives tout en opposant le privilège politique, social et économique. Après deux tentatives infructueuses, Amor de Cosmos remporte un siège à l’Assemblée législative de l’Île de Vancouver en 1863, siège qu’il conserve jusqu’en 1866. À la suite de l’union des provinces de l’île de Vancouver et de la Colombie-Britannique, il siège au Conseil législatif de la Colombie-Britannique de 1867 à 1868 et de 1870 à 1871.

Pendant la période coloniale, trois causes lui tiennent particulièrement à cœur : l’union des colonies de la côte Ouest (réalisée en 1866), le gouvernement responsable et l’entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération. Il est convaincu qu’un gouvernement responsable serait plus sensible aux besoins des colons que l’administration coloniale élitiste de l’époque. Dès le premier numéro du British Colonist en 1858, Amor de Cosmos fait la promotion d’une fédération des colonies britanniques en Amérique du Nord. Craignant de perdre leur poste, les membres de l’élite non élue qui dominait alors la législature de la Colombie-Britannique s’opposent à la Confédération et au gouvernement responsable. En mai 1868, Amor de Cosmos est confronté à l’opposition du gouverneur Frederick Seymour et d’autres membres de la législature. Il aide donc à créer la Confederation League afin d’informer le public des bénéfices d’un gouvernement responsable et d’une union avec le Canada. Après la mort de Frederick Seymour en 1869, son successeur Anthony Musgrave s’avère favorable à l’union, ce qui permet de surmonter les derniers obstacles à la Confédération, d’autant plus qu’Anthony Musgrave promet un nouveau poste ou une pension aux fonctionnaires non élus une fois la Confédération achevée. Cela pave le chemin aux « Grands débats sur la Confédération » de mars 1870, culminant avec la décision du Conseil législatif d’envoyer une délégation à Ottawa pour discuter de l’entrée de la province dans la Confédération. En dépit de l’insistance de Amor de Cosmos, qui va jusqu’à parler de révolte, le gouvernement responsable n’est pas inclus dans les termes régissant l’entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération le 20 juillet 1871. Cependant, le gouvernement responsable sera adopté par la province peu de temps après. (Voir La Colombie-Britannique et la Confédération.)

Vie et carrière après la Confédération

Amor de Cosmos est élu à l’Assemblée législative de la Colombie-Britannique où il siège de 1871 à 1874, ainsi qu’à la Chambre des communes de 1871 à 1882 en tant que représentant de Victoria. En 1872, il succède à John Foster McCreight, devenant ainsi le deuxième premier ministre de la Colombie-Britannique, position qu’il occupe jusqu’en 1874.

Pendant son mandat, il poursuit plusieurs initiatives populaires commencées par John Foster McCreight, dont la mise en place d’un système d’écoles publiques, la réduction du nombre croissant de fonctionnaires, l’extension des droits de propriété aux femmes mariées et la mise en œuvre du scrutin secret.

Afin de stimuler la croissance économique à Victoria, Amor de Cosmos obtient des fonds fédéraux pour développer une cale sèche (un endroit où les navires peuvent être construits ou réparés) à Esquimalt, espérant en faire un port prospère capable de rivaliser avec San Francisco. Pour ce faire, il renégocie certains des termes d’union avec le gouvernement fédéral, obtenant, entre autres, que le terminus du chemin de fer transcontinental soit placé à Victoria.

Avant l’élection générale de 1874, ses opposants politiques profitent de la crainte et de la frustration du public, engendrées par des retards dans l’extension du chemin de fer transcontinental jusqu’à la côte Ouest. Ils tentent de convaincre les électeurs que la révision des termes de l’union visant à garantir les fonds pour une cale sèche constitue un obstacle aux plans de construire le terminus du chemin de fer à Victoria au lieu d’offrir une solution sur le continent. Ils avancent qu’une cale sèche serait nuisible au développement économique de la région. Le 7 février 1874, une foule en colère prend d’assaut la législature de la Colombie-Britannique et force son ajournement. Deux jours plus tard, Amor de Cosmos démissionne en tant que premier ministre. Ce qu’il aurait eu à faire tôt ou tard s’il voulait demeurer député, son administration ayant adopté en 1873 une loi abolissant la double représentation à compter de la prochaine élection, et de Cosmos était à la fois premier ministre et député.

Après sa démission, ses opposants avancent que ses efforts visant à obtenir des fonds pour le projet de cale sèche étaient liés à ses propres intérêts commerciaux. Cependant, ces allégations de corruption sont plus tard réfutées.

Amor de Cosmos continue à servir la ville de Victoria en tant que député libéral, demandant l’achèvement du chemin de fer avec détermination. Dans sa frustration croissante, il va jusqu’à présenter en 1879 une motion de sécession (qui sera rejetée) visant à séparer la Colombie-Britannique du Canada.

Vers la fin de sa carrière politique, Amor de Cosmos contribue de façon active au sentiment anti-chinois et anti-autochtone alors omniprésent sur les scènes publiques et politiques de Colombie-Britannique. En juin 1882, il est défait et remplacé par Noah Shakespeare, le chef du mouvement anti-chinois.

Ses dernières années sont marquées par une excentricité grandissante, et il est déclaré « aliéné » en 1895. Selon Robert A.J. McDonald et H. Keith Ralston dans le Dictionnaire biographique du Canada, Amor de Cosmos « demeur[e] à Victoria […] Vêtu comme à l’habitude, il err[e] dans les rues, se querellant à l’occasion avec d’anciens adversaires et faisant parfois des déclarations publiques incohérentes ». Il meurt le 4 juillet 1897.

Postérité

Malgré une carrière politique ultérieure pour la plupart assez banale, son rôle en tant que principal promoteur de la Confédération fait en sorte que plusieurs considèrent Amor de Cosmos le Père de la Confédération de la Colombie-Britannique. Son nom peu commun et sa personnalité extravagante, paraît-il, ont aussi fait en sorte qu’on se souvienne de lui tant pour ses excentricités que pour ses accomplissements politiques.