Alix Ohlin grandit à Montréal. Elle obtient un B.A. à l’Université de Harvard en 1992, puis une maîtrise en beaux‑arts à l’Université du Texas. Son écriture, empreinte d’esprit et de mordant, vient atténuer une analyse implacable de la tristesse inhérente à la vie contemporaine.

Son premier recueil de nouvelles, Babylon and Other Stories, paru en 2005, s’ouvre avec « King of Kohlrabi » qui nous fait découvrir Aggie, une jeune fille de 16 ans, et sa perception de cet été au cours duquel ses parents se sont séparés. Contrainte de remettre à plus tard ses projets de lancement d’un groupe musical féminin punk‑rock, elle part travailler pour un énigmatique laboratoire d’essais au sein duquel « chacun se cachait de quelque chose ou de quelqu’un » [traduction libre]. Ce recueil, où humour et compassion s’équilibrent subtilement, donne à voir des jeunes obligés de mûrir précocement pour combler le vide laissé par des adultes en perdition lorsque leurs relations battant de l’aile menacent une vie jusqu’ici bien ordonnée.

Missing Person, le premier roman d’Alix Ohlin, publié en 2007, a pour personnage principal Lynn, une étudiante à l’université bien décidée à retrouver son frère disparu, Wylie, un combattant de la cause écologiste dont la famille n’a plus de nouvelles depuis des mois. Quittant New York pour rejoindre Albuquerque où elle a grandi, elle fait la connaissance d’Angus Beam, l’ami de Wylie. Particulièrement disert à propos d’un nouveau modèle de toilettes à compostage qui « rendra l’équipement actuel de nos salles de bains […] aussi grotesque et dépassé […] que les rues du Moyen Âge » [traduction libre], il reste étonnamment silencieux lorsqu’il s’agit d’évoquer Wylie, ce qui ne manque pas de susciter les soupçons de Lynn. Creusant les thématiques croisées de l’aliénation et des effets délétères qu’elle produit sur les êtres humains, l’auteure met en scène des individus se débattant avec des expériences à la fois uniques et universelles.

Dans son deuxième recueil de nouvelles paru en 2012, Signs and Wonders, l’auteur cisèle ses textes dans une langue réussissant à la fois à surprendre le lecteur et à induire chez lui, instantanément, à de nombreuses reprises, la certitude qu’il lit du Alix Ohlin. Sans jamais perdre sa compassion pour ses personnages, elle nous les montre pourtant au bord de la rupture, en pleine confusion et rapidement désorientés lorsque les choses ne se passent pas comme ils l’avaient prévu. Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, Kathleen et Terence sont un couple de professeurs enseignant dans la même université. Âgée de 49 ans, au bord du désespoir, Kathleen réalise qu’elle hait Terence. Un dimanche après‑midi, elle lui parle pour la première fois depuis des années avec une affection authentique pour lui proposer de divorcer. Ils organisent, sur un mode non conflictuel, le démantèlement amiable de leur mariage jusqu’à ce que Terence se retrouve dans le coma à la suite d’une agression dont il est victime au volant de sa voiture. En s’appuyant sur une écriture particulièrement habile, l’auteur dessine adroitement des personnages qui, émergeant du chaos, tombent, le plus souvent, dans un état de résignation et atteignent, occasionnellement, la grâce.

Inside, le deuxième roman d’Alix Ohlin, paru en 2012, a pour toile de fond Montréal, Kigali et l’Extrême‑Arctique. Au début du récit, nous découvrons Grace Tomlinson, une psychothérapeute, alors qu’elle est en train de skier à la nuit tombante et aperçoit, dans l’obscurité, un homme, John Tugwell, en train d’essayer de se pendre. Sans comprendre véritablement pourquoi elle s’y sent contrainte, elle se retrouve empêtrée dans la toile d’araignée que constitue la vie particulièrement compliquée de celui qu’elle a sauvé. Parallèlement au récit de leur relation, le lecteur découvre l’histoire de Mitch, l’ex‑mari de Grace, en partance pour une ville lointaine et sinistre de l’Arctique, qui laisse derrière lui Martine, une amante vulnérable. Les personnages à la sensibilité à fleur de peau mis en scène par l’auteure, soumis aux aléas de la vie, sombrent dans des ténèbres dont ils émergent changés et remplis d’un sentiment d’accomplissement qu’ils n’auraient jamais imaginé, mais que la romancière crée pour eux avec esprit, perspicacité, honnêteté et humanité. Inside est sélectionné en 2012 pour le prix Scotiabank Giller et le prix Rogers Writers’ Trust Fiction.

Les œuvres de fiction d’Alix Ohlin ont eu les honneurs de deux recueils, Best New American Voices en 2004 et Best American Short Stories en 2005, et ont été publiées dans plusieurs magazines, dont Atlantic Monthly. Elle vit aujourd’hui à Easton, en Pennsylvanie, et enseigne au Lafayette College.