Aliments génétiquement modifiés

  Les aliments GÉNÉTIQUEMENT modifiés (GM) sont produits à partir de cultures, d'animaux ou de microorganismes dont le matériel génétique a été altéré à l'aide de techniques de l'ADN recombinant, afin d'acquérir certains caractères spécifiques. Les techniques de l'ADN recombinant consistent à combiner des gènes de différents organismes, parfois d'espèces différentes. On dit de l'organisme ainsi produit qu'il est « génétiquement modifié » ou « transgénique ». Pour ce faire, un gène conférant des caractères désirés est isolé à partir d'un organisme (BACTÉRIE, VIRUS, ANIMAL ou PLANTE) et introduit dans la plante ou l'animal receveur. Les aliments GM sont donc ceux produits à partir de ces cultures ou organismes GM. Les produits GM actuels ne se limitent pas aux aliments mais incluent également différents produits bénéfiques dont les remèdes (p. ex. l'INSULINE), les vaccins, les aliments destinés à la consommation animale et les fibres.

Plantes génétiquement modifiées

Les plantes GM sont d'abord commercialisées dans les années 1990. La première culture agricole GM commercialisée est une TOMATE connue sous le nom de Flavr Savr (résistante à la putréfaction), mise sur le marché en 1994 par la compagnie américaine Calgene. Depuis, plusieurs autres cultures GM ont été commercialisées. Plus de 250 millions d'hectares de cultures GM sont ensemencés chaque année, dans plus de 20 pays et par plus de 10 millions de cultivateurs. Les États-Unis exploitent plus de 50 p. cent de toutes les cultures GM au monde. Les autres pays producteurs les plus importants sont, par ordre d'importance, l'Argentine, le Brésil, le Canada, l'Inde, la Chine, le Paraguay et l'Afrique du Sud. Le Canada compte pour 6 p. cent de la production mondiale. Le Service international pour l'acquisition d'applications d'agro-biotechnologie (ISAAA) tient des registres de la superficie globale, ainsi qu'une base de données sur le statut global des cultures transgéniques commercialisées.

Les cultures GM commercialisées incluent un CANOLA résistant aux herbicides, une variété de FRAISE conçue pour survivre à des températures plus froides, du BLÉ tolérant au froid, ainsi que du MAÏS et du coton résistants aux INSECTES. Plus récemment, le riz Golden (modifié pour produire de la provitamine A) a été ciblé pour les pays dont la population fait face à une carence alimentaire en vitamine A. Le Canada a approuvé plus de 100 cultures et aliments contenant du maïs (résistant à la pyrale du maïs et aux herbicides), du canola (résistant aux herbicides), de la POMME DE TERRE (résistante au doryphore de la pomme de terre), de la tomate (à maturation lente), de la COURGE, de la graine de SOYA, de la BETTERAVE douce, du LIN et de l'huile de coton. Néanmoins, le canola résistant aux herbicides demeure la principale culture GM au Canada.

Réglementation des aliments génétiquement modifiés

L'Agence SANTÉ CANADA est chargée d'approuver et de réglementer les aliments GM au pays. Elle évalue la salubrité de tous les aliments génétiquement modifiés et d'autres aliments nouveaux proposés pour la vente au Canada. Santé Canada oblige les compagnies qui développent des cultures GM à soumettre des données scientifiques détaillées pour évaluation, avant que les aliments GM ne puissent être approuvés pour la commercialisation et la mise en marché au Canada. Ces données incluent de l'information sur comment la plante GM a été développée; des données sur les acides nucléiques qui caractérisent le changement génétique; la composition et les informations nutritionnelles du nouveau produit comparé à l'aliment original non-modifié; le potentiel d'introduction de nouvelles toxines; et le risque de provoquer des réactions allergiques. L'Agence canadienne d'inspection des aliments fournit tous les services d'inspection reliés à la nourriture et fait respecter les standards établis par Santé Canada en ce qui a trait à l'innocuité des aliments et à la qualité nutritionnelle. L'Agence supervise également la dissémination en milieu ouvert des cultures GM (en vertu de la Loi sur les semences) et des aliments du bétail dérivés d'OGM (en vertu de la Loi relative aux aliments du bétail). Le Canada a adopté une politique d'étiquetage volontaire pour les aliments GM. Par contre, l'étiquetage obligatoire est requis si le gène introduit présente un risque allergène, ou si le contenu nutritionnel de l'aliment est modifié. Dans l'Union européenne, ainsi qu'au Japon et en Australie, l'étiquetage est obligatoire pour la traçabilité et pour donner au consommateur le choix entre les aliments GM et non-GM.

La controverse à propos des aliments génétiquement modifiés

Les aliments et les cultures GM sont le sujet d'une grande controverse. Ceux qui sont en leur faveur pensent que les aliments GM aideront à procurer de la nourriture à la population mondiale toujours grandissante, en raison des rendements plus élevés dus à une meilleure résistance aux herbicides, à la sécheresse et aux maladies, ainsi que par l'amélioration de leur contenu nutritionnel. Ceux qui s'opposent aux aliments GM ont plusieurs critiques, incluant leurs effets à long terme sur la santé, ce qui arrive aux ADN étrangers lors de leur digestion, l'étiquetage et le choix des consommateurs, les droits de propriété intellectuelle, l'éthique et la salubrité des aliments. Ils ont aussi des inquiétudes environnementales concernant le tort que les aliments GM peuvent involontairement causer à d'autres organismes non visés, ou le fait que les plantes GM pourraient se croiser avec des plantes sauvages et le gène introduit être ainsi transféré à des plantes non visées. Par exemple, une culture résistante à un herbicide pourrait se reproduire avec une PLANTE NUISIBLE et lui transférer cette résistance, créant ainsi une « super plante nuisible ». Les insectes pourraient également devenir résistants aux PESTICIDES, ce qui pourrait les rendre prochainement difficilement contrôlables.

Des recherches intensives sur les aliments GM, dont celles initiées par le Groupe spécial du Codex de l'Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ont confirmé que les aliments GM sont généralement aussi sûrs que leurs équivalents non-GM pour la consommation humaine et animale. Les recherches ont aussi démontré que mises à part certaines réactions allergiques, les aliments GM ne présentent aucune menace pour la santé humaine ou animale.

RANJANA SHARMA et JACOB S. JOHN

Animaux génétiquement modifiés

Il n'existe présentement dans le monde aucune nourriture animale transgénique ayant été approuvée pour la consommation humaine. Les recherches scientifiques démontrent pourtant que le bétail transgénique pourrait contribuer à la société de plusieurs façons. Des caractéristiques avantageuses qui pourraient être introduites chez les animaux destinés à l'alimentation incluent la production de médicaments dans le lait ou du lait avec d'autres caractéristiques uniques, un taux de croissance plus rapide, des améliorations dans la composition de la viande et une réduction de l'empreinte environnementale.

La première nourriture animale transgénique développée au Canada a été du SAUMON DE L'ATLANTIQUE croissant à un rythme de 2 à 6 fois plus rapide que le saumon sauvage conventionnel. Ces poissons ont été développés à l'Université Memorial, par l'introduction d'un transgène constitué du promoteur du gène de la protéine antigel de la loquette d'Amérique lié à un gène des hormones de croissance du saumon Chinook (ou royal). Ils ont été soumis à de nombreux tests de sécurité et de sécurité pour l'environnement, et, en septembre 2010, une présentation documentant leur innocuité alimentaire pour les humains a été déposée devant la Food and Drug Administration aux États-Unis.

En 2000, des PORCS transgéniques dont la marque de commerce est Enviropig™ et qui ont une empreinte environnementale moindre, ont été produits à l'Université de Guelph. Ces porcs ont été développés par l'introduction d'un transgène composé du promoteur de protéines dans les glandes parotides de la souris lié au gène de la phytase de la bactérie Escherichia coli. Ces porcs sécrètent l'enzyme phytase dans leur salive, ce qui leur permet de digérer le phytate, un composé présent dans les grains céréaliers qui compte pour 50 à 80 p. cent du phosphore total et est normalement indigeste pour les animaux monogastriques, dont les pourceaux. Cette capacité à digérer le phytate réduit le phosphore de 35 à 65 p. cent dans le fumier de porc, dépendamment de l'âge et de la composition de la diète. Cela est important, puisque chez les porcs conventionnels, le phosphore sous forme de phytate passe à travers le système digestif et est enrichi dans le fumier. Le fumier est ensuite utilisé comme ENGRAIS et étendu sur les terres agricoles, mais lorsqu'il est appliqué pour répondre aux besoins des plantes en azote, le phosphore est présent en quantité excessive. Par conséquent, lorsqu'il pleut ou que la neige fond au printemps, l'eau de ruissellement est enrichie de phosphore. L'excès de phosphore dans les étangs et les lacs génère une croissance excessive d'ALGUES qui réduit éventuellement la qualité de l'eau et entraîne la mort du poisson.

Évaluation de l'inocuité d'Enviropig

En raison de l'impact environnemental réduit d'Enviropig™, des présentations incluant des données sur l'innocuité alimentaire pour les humains, l'innocuité des aliments pour animaux et la sécurité environnementale ont été soumises à Santé Canada, à l'Agence canadienne d'inspection des aliments et à Environnement Canada, respectivement. Des modalités pour la production commerciale d'EnviropigTM qui respectent les exigences de la Loi canadienne sur la protection de l'environnement sont en place, mais les porcs transgéniques resteront en confinement à l'Université de Guelph tant que les évaluations de Santé Canada et de l'Agence canadienne de l'inspection des aliments n'auront pas déterminé qu'ils sont sans risque. Une présentation similaire a été déposée devant la United States Food and Drug Administration.